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ce grand évènement comme à un signal d’affranchissement. Quant à la Prusse, il était impossible qu’elle n’en ressentît pas un mouvement d’effroi.

La révolution belge, fille de celle de juillet, a rompu la chaîne des positions qui soutenaient et flanquaient le grand-duché du Bas-Rhin. Elle a frappé dans sa puissance et sa considération la maison d’Orange, à laquelle le roi de Prusse était attaché par les liens du sang, de l’amitié et des intérêts politiques. Émue au spectacle de ces deux révolutions accomplies si près d’elle, la population du duché du Bas-Rhin manifestait des dispositions inquiétantes. En France, un parti redoutable, exploitant d’universels regrets, appelait la nation aux armes, et demandait la guerre pour effacer la honte des traités de 1815, reconquérir nos limites et révolutionner l’Europe. Sur plusieurs points de l’Allemagne, en Saxe, à Francfort, en Bavière, les passions politiques se réveillaient et menaçaient de nouveau l’existence des gouvernemens. L’insurrection polonaise entretenait l’agitation dans le duché de Posen. L’empereur de Russie usait de tous les moyens d’influence que lui donnaient sur Frédéric-Guillaume sa puissance et ses liens de famille pour lui communiquer ses ressentimens et le pousser à des actes de protection déclarée en faveur du roi de Hollande. L’empereur a toujours entouré l’impératrice de soins et d’égards, et il avait acquis par là un grand ascendant sur le cœur du roi, qui portait à sa fille un extrême attachement. Il était à craindre qu’il n’abusât de cet ascendant. Enfin, dans le sein même de sa famille, le roi trouvait des esprits ardens et passionnés qui partageaient les haines de la cour de Saint-Pétersbourg contre la révolution, ses sympathies pour la maison d’Orange, et qui demandaient la guerre. A la tête de la faction belliqueuse était le prince royal, que l’âge, l’expérience, les conseils de son père ont depuis ramené à des sentimens plus modérés. Le roi ne se laissa point effrayer par les commotions dont la Belgique, l’Allemagne et la Pologne furent le théâtre, ni fasciner par toutes les influences conjurées pour l’entraîner hors des voies pacifiques. Le premier des souverains étrangers, il comprit que les évènemens de juillet n’étaient point une nouvelle phase révolutionnaire, mais le terme, au contraire, de nos longues agitations. Il s’assura que, sans désirer la guerre, nous ne la craignions pas, que nous étions résolus à ne point prendre l’offensive, mais que si l’Europe nous attaquait, nous étions prêts à déchaîner contre elle nos armées et nos principes.

Frédéric-Guillaume n’était point disposé à perdre le repos de ses