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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/404

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se développer au milieu des entraves, des tarifs de douanes et des péages qui coupaient en tout sens, comme les cases d’un vaste échiquier, le territoire germanique. L’Allemagne comptait jusqu’à trente-huit tarifs différens. Chaque état s’enveloppant dans ses ligues de douanes, il n’y avait que les grandes puissances comme l’Autriche et la Prusse qui trouvaient dans leurs marchés intérieurs une consommation suffisante pour alimenter la production indigène. Dans les petits états où la consommation était extrêmement limitée, une foule d’industries, qui exigent de grands capitaux pour la fabrication et des marchés pour écouler leurs produits, ne pouvaient exister. Aussi toute l’Allemagne sentait le besoin d’affranchir son commerce intérieur des entraves qui l’étouffaient. Les petits états demandaient que l’on substituât à la multiplicité des tarifs une vaste association commerciale qui n’aurait qu’un seul et même système de douanes ; mais les embarras financiers des grands états, la crainte de voir diminuer leurs revenus, et, ce qui était plus grave, de compromettre des industries indigènes en ouvrant leurs frontières à des produits similaires de qualité supérieure, les déterminèrent pendant long-temps à repousser les doléances du commerce. Enfin les plaintes devinrent si vives, si générales, que les gouvernemens prirent le parti de s’entendre avec leurs voisins et formèrent ces premières associations qui séparèrent l’Allemagne en plusieurs zones commerciales. La Prusse jugea qu’il ne lui était plus possible, à moins de soulever les reproches de toute la confédération, de maintenir la rigueur de ses tarifs. Elle commença aussi à mesurer les avantages politiques qu’elle trouverait à devenir le centre d’un vaste système commercial qui embrasserait tout le nord de l’Allemagne, et elle conclut les 9 et 17 juin 1826, avec plusieurs petits états, des traités qui servirent de base à tous ceux qu’elle a signés depuis.

La révolution de 1830 est venue mettre à une nouvelle épreuve la sagesse de Frédéric-Guillaume. Jamais peut-être, à aucune époque de son règne, ce prince n’eut besoin de plus de sagacité et de modération pour saisir le véritable caractère de cette révolution, calmer les frayeurs qu’elle avait partout excitées, et contenir les passions qui voulaient la combattre. Tout l’édifice européen fut ébranlé dans ses fondemens par la commotion de juillet. Tous les peuples qui avaient été frappés dans leur nationalité par les traités de 1815, comprimés dans leurs libertés intérieures par la sainte-alliance, les Belges, les Polonais, les Italiens, les Allemands eux-mêmes, tressaillirent à