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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/403

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libérales. Ce n’était point encore là sans doute une représentation nationale ; mais ces assemblées locales en étaient comme le premier degré. Leur effet devait être de préparer graduellement les esprits à une liberté plus générale et plus complète. Une série de mesures financières et administratives qu’il serait trop long d’énumérer fermèrent peu à peu les plaies que la guerre avait faites, et ouvrirent à la Prusse une nouvelle voie de prospérités.

Un édit du 25 septembre 1820 avait complété l’émancipation des paysans westphaliens, aboli les corvées et la glèbe, et réduit les droits seigneuriaux à des redevances annuelles.

Les lois civiles françaises, l’institution du jury et la publicité des débats judiciaires furent maintenues dans les provinces rhénanes, non cependant sans rencontrer de vives résistances dans le sein du gouvernement.

L’armée reçut son organisation définitive, organisation admirable qui, en temps de guerre, transforme la Prusse en un camp et fait de chaque citoyen un soldat, et qui, dans la paix, ne retient sous les armes que le nombre de troupes réclamé par les besoins du service.

Un large système d’éducation publique a été fondé sur la triple base des sciences, de la morale et de la religion. En Prusse, le gouvernement ne se contente pas de protéger l’instruction ; il en fait une loi pour tous ses sujets. Tout habitant qui ne justifie pas d’une fortune suffisante pour élever chez lui ses enfans doit, sous peine d’amende, les envoyer à l’école. Les hautes sciences ont toujours été, comme l’instruction élémentaire, l’objet des encouragemens du pouvoir. Les universités de Berlin et de Breslau furent fondées dans les années qui suivirent la catastrophe de 1806, et comme les ressources de l’état étaient épuisées, le roi vendit ses bijoux pour payer les frais de ces établissemens. L’université de Bonn date de 1814.

Sous l’habile direction du comte de Bernstoff, qui prit en 1822 la direction des affaires étrangères, la politique du cabinet de Berlin reprit un caractère de fermeté et d’indépendance que le prince de Hardenberg, affaibli par l’âge, lui avait laissé perdre ; elle commença à balancer de nouveau en Allemagne l’influence autrichienne.

La formation de la grande association des douanes allemandes, négociée avec tant de suite et d’habileté, a couronné dignement l’œuvre de cette sage politique. Ce système n’a point été inspiré par une pensée d’ambition et de suprématie. La Prusse, en l’établissant, n’a fait que céder aux instances du commerce allemand, qui ne pouvait