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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/359

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somme, cette séance, grave et fort courte, ce qui est aussi un éloge, soit dit sans épigramme, nous a paru répondre à ce qu’on est en droit d’attendre d’un corps savant, dans les rares occasions où il se met en communication familière avec le public.

Une autre section de l’Institut, l’Académie des inscriptions et belles-lettres, privée, par la mort de M. Daunou, de son illustre et bien regrettable secrétaire perpétuel, travaille, dit-on, en ce moment, à lui donner un successeur. Nous ne sommes, ni ne voulons être initiés aux secrets du conclave. Toutefois, nous entendons dire que l’enfantement est laborieux. Nous le comprenons : ce n’est pas chose facile que de trouver une main capable de tenir la plume si exercée, si sage et si sûre, qui traçait naguère l’éloge du grand orientaliste Sylvestre de Sacy, près de soixante ans après avoir écrit l’éloge de Boileau. L’Académie des inscriptions, en désignant un de ses membres pour lui servir d’organe habituel auprès du public, n’oubliera pas, sans doute, qu’au dehors on ne juge guère les sociétés savantes que sur le mérite de leur principal interprète. Les diverses classes de l’Institut l’ont bien senti. Les sciences mathématiques et physiques, les beaux-arts, la littérature, les sciences morales, se sont fait représenter par les hommes les plus éminens qu’ils pussent choisir, par MM. Villemain, Mignet, Raoul-Rochette, Arago, Flourens. Il est naturel que l’Académie des Inscriptions tâche de ne pas rester en arrière de tels choix, et veuille se personnifier dans ce qu’il y a de plus habile au milieu d’elle. Nous souhaitons particulièrement que, puisqu’il s’agit surtout d’écrire, elle songe qu’il pourrait être bon de faire choix d’un écrivain.


— La Revue des deux Mondes a été, depuis quelque temps, l’objet d’assez grossières attaques, auxquelles nous ne voulons pas donner, en y répondant, une importance qu’elles n’ont pas. On nous accuse, d’une part, de nier les talens reconnus, et, d’autre part, d’étouffer les talens naissans. Ce serait presque odieux si c’était moins ridicule. Ceux qui nous accusent savent très bien ce qui en est, et combien il serait facile de leur donner, sans se fâcher, une leçon sévère qu’ils méritent ; mais ils savent aussi qu’une réponse amène une réplique, et cela s’appellerait, pour eux, une polémique de journaux. On a donc compté sur notre silence, et l’on ne s’est pas trompé tout-à-fait. Il est aisé de calculer jusqu’à quel point l’impunité prévue peut inspirer une certaine audace. Cependant, comme ces attaques, d’abord obscures, ont été répétées par une feuille quotidienne, il est juste que ceux de nos lecteurs à qui cette feuille aura pu tomber sous la main, sachent quel est le motif de ces accusations, et le cas qu’ils en doivent faire.

« Vouloir être imprimé dans la Revue, et ne pas l’être. » To be or not be, comme dit Hamlet, voilà toute la question. De là, les récriminations, colères, injures, etc.

C’est une chose assez triste à dire, et un homme de bon sens aura peine à croire qu’une pareille folie puisse être réelle ; elle existe pourtant, et les reproches qu’on nous fait n’ont pas d’autre cause. Ils nous sont adressés par des