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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/334

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fois dans l’espace et hors de l’espace… Apprends d’ailleurs que ces séjours de gloire et de souffrance ne sont pas les seuls, comme tu le crois ; il en est encore un autre, c’est le purgatoire, où les ames de ceux qui sont morts dans la grace expient les fautes commises dans ce monde, car nul ne peut entrer au ciel, nul ne peut se présenter devant la Divinité qu’après avoir été complètement purifié.

Le roi demande encore à Patrice de lui prouver par un miracle la vérité de ses paroles. Patrice se met en prière. Un ange vient lui révéler qu’il existe, en Irlande même, dans un lieu qu’il lui désigne, une caverne obscure et profonde où Dieu permet aux coupables repentans de chercher, pendant qu’ils vivent encore, l’expiation de leurs péchés. Il faut pour cela qu’avant d’y pénétrer ils les aient confessés avec une entière contrition et qu’ils n’y soient conduits par aucune pensée mondaine ; à cette condition, il leur sera permis de faire ainsi d’avance leur purgatoire ; ils y verront les supplices des malheureux livrés aux flammes éternelles, ils y verront aussi la gloire des élus. Mais si une vaine curiosité les conduisait seule dans ce lieu d’épreuve, malheur à eux ! Ils y resteraient à jamais, condamnés aux tourmens de l’enfer.

Patrice s’empresse de faire connaître au roi la révélation divine qu’il vient de recevoir ; le roi veut à l’instant même descendre dans la caverne. Vainement Patrice s’efforce de l’arrêter en lui signalant le danger auquel il s’expose. Égérius pénètre dans l’abîme en s’écriant qu’il ne redoute ni le Dieu des chrétiens, ni les enchantemens par lesquels on essaie de l’épouvanter. À l’instant même, la foudre éclate, et il est englouti dans le feu éternel aux yeux de ses sujets épouvantés.

Des années s’écoulent, Patrice est mort après avoir achevé la conversion de l’Irlande. Avant de mourir, un envoyé céleste lui a appris que ce Ludovic qu’il aime toujours malgré ses crimes trouvera grace devant Dieu. Ludovic revient enfin de ses longs voyages. Ni le temps, ni le malheur n’ont pu le dompter. La pensée qui le ramène en Irlande, c’est celle de se venger d’un homme qui l’a autrefois offensé. Trois jours de suite, il l’attend, la nuit, pour lui donner la mort ; mais toujours, au moment où il va le joindre, un inconnu, enveloppé dans un large manteau, se présente à l’improviste, et s’interposant entre eux, l’empêche d’accomplir sa vengeance. Il veut se débarrasser de cet obstacle, il se précipite l’épée à la main sur l’importun qui semble se plaire à lasser sa patience. Ses coups se perdent dans l’air, l’inconnu jette son manteau, et Ludovic ne voit plus qu’un squelette. Il recule épouvanté. — As-tu peur de toi-même ? lui dit une voix ; ne te reconnais-tu pas ? Je suis ton propre portrait, je suis Ludovic Ennius.

A cette apparition terrible, Ludovic tombe évanoui. Lorsqu’il reprend ses sens, son ame, encore sous le poids de l’image effrayante qu’il a eue devant les yeux et des paroles qu’il vient d’entendre, est entièrement transformée. Il n’a plus qu’un désir, c’est d’aller chercher dans le purgatoire de Patrice l’expiation anticipée de ses forfaits. Il se jette aux pieds de l’évêque, successeur