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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/265

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des indigens de la ville. Russes, Saxons, Suédois, Anglais, Suisses, Prussiens, Hongrois, Italiens, s’étaient empressés d’y envoyer leurs ouvrages, et, disons-le en passant, parmi ces tableaux venus en quelque sorte des quatre coins de l’Europe, il eût fallu chercher long-temps pour trouver, je ne dirais pas un chef-d’œuvre, mais une œuvre supportable. Quant aux Romains, on ne se figurerait jamais par qui ils étaient représentés dans ce congrès de tous les peuples par deux ou trois mauvais peintres de paysage et d’intérieur, et par trois femmes qui font des copies sur porcelaine, d’après Raphaël et le Corrège [1]. MM. Camuccini et Agricola ne laisseront donc pas d’héritiers.

M. Camuccini jouit toujours à Rome de la même célébrité que M. Benvenuti à Florence ; c’est le Raphaël du siècle, disent ses concitoyens ; nous le nommerions, nous, le David de l’Italie. M. Camuccini n’a été en effet que la doublure affaiblie du peintre de Brutus et des Horaces, dont il a naturalisé l’école par-delà les Alpes. En France, il se serait placé naturellement à la suite des Guérin, des Lethiere, des Meynier et des Menjaud ; à Rome, par ce temps de décadence et de pauvretés, il s’est trouvé au premier rang. M. Camuccini n’est, à proprement parler, qu’un artiste habile qui travaille raisonnablement ses ouvrages et vivement ses succès, et qui a eu autant de savoir-faire dans ses salons que dans son atelier. M. Camuccini est l’analogue de notre Gérard ; homme de goût avant tout, si son talent a paru contestable, les graces de son esprit et le charme de ses manières l’ont fait ranger au nombre des plus aimables Romains. Un homme d’esprit, doué d’une certaine dose de talent, passe aisément auprès du vulgaire pour un homme de génie ; il n’est

  1. Voici la curieuse statistique de cette exposition : quinze ou vingt Allemands, Saxons, Suédois, Prussiens, Suisses ou Hongrois, parmi lesquels le portraitiste suédois Sodermali, l’aquarelliste Mayer et l’Allemand Schubert, auteur du Bon Riche, méritent seuls une mention particulière ; trois Anglais ; un Français inconnu, les artistes français de quelque valeur qui habitent Rome s’étant abstenus ; une vingtaine d’Italiens des provinces, Piémontais, Padouans, Toscans, Bolonais, Génois et Napolitains, imitant les peintres de genre Léopold Robert et Horace Vernet, les peintres de portrait Kinson ou Dubufe, les peintres de paysage Gaspard Poussin ou Claude Lorrain, le plus grand nombre dénués de toute valeur et n’imitant personne ; enfin, les Romains Facetti et Castelli, qui en sont encore à pasticher Michallon ; Porcelli, qui voudrait imiter Granet, et Mmes Clelia Valeri, Bianca Festa et Enrichetti Narducci, qui toutes trois font des copies sur porcelaine. Je demandai pourquoi les peintres d’histoire romains n’avaient rien envoyé à cette exposition. — « Par une raison bien simple, me répondit-on ; c’est qu’il n’y a pas de peintres d’histoire à Rome. Landi et Camuccini ont enterré la synagogue. »