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La Russie accomplit dans cette contrée une œuvre dont les Européens, occupés de ses agrandissemens en Europe, n’ont pas soigneusement mesuré la portée. Elle fait passer les tribus tartares de la vie nomade à la vie stationnaire. Mais tout en les initiant à la civilisation, elle développe en eux les instincts belliqueux plutôt qu’elle ne les amortit. Elle les enrégimente, elle les discipline, elle les accoutume à manier avec dextérité les machines de guerre qu’a perfectionnées la science occidentale. Ainsi, parmi cette race d’hommes dont le nom est invasion, tout comme celui du démon dépossédé par le Sauveur était légion, elle se crée un instrument qui pourrait devenir dangereux pour l’Europe, mais déjà redoutable pour l’empire chinois.

Par mer, la Chine est observée aussi, menacée, harcelée par les contrebandiers qui sont les avant-coureurs des conquérans ou au moins du commerce régulier. Les navires anglais partis de l’Inde assaillent son long littoral. Déjà les intrépides marins des États-Unis se joignent à eux ; que sera-ce lorsque les pionniers de l’Union américaine auront pullulé sur le versant occidental des Montagnes-Rocheuses dans le district de l’Orégon, ou lorsque les redoutables carabines de