Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/243

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


justement comme devant exercer l’influence la plus bienfaisante et la plus étendue sur les destinées du genre humain, celle de la jonction, de l’association, de le fusion, sous une même loi et une même foi, des deux massifs de la famille humaine, qui, alors comme de nos jours, siégeaient, en se tournant le dos aux deux extrémités de l’ancien continent, séparés par un immense espace, par des déserts, par des peuples barbares, et dont l’un occupe de plus aujourd’hui un nouveau monde que Colomb lui a donné. Cette pensée était si vaste, si difficile à réaliser, que trois siècles et demi après lui, elle reste encore à accomplir, et qu’elle n’est même pas tout-à-fait sortie du domaine de la politique purement contemplative. En supposant que jamais elle se réalise pleinement et sans réserve, jusque-là elle suffira encore à la gloire de plus d’une pléiade de grands hommes. Elle est de notre temps, et sera, bien après que nous tous, qui vivons maintenant, serons oubliés, la plus gigantesque qui puisse être caressée par les rêves d’un homme d’état comme par l’ambition d’un conquérant, par l’ame de l’homme religieux comme par la pensée du philosophe, par l’esprit du savant comme par les calculs de l’industriel, par les espérances du novateur le plus audacieux comme par la sollicitude prudente et conservatrice des amis de l’ordre universel.

La mesure la plus exacte de l’importance des évènemens humains est celle que donnent le nombre et la valeur des hommes dont ils embrassent l’existence. De ce point de vue, l’association de la civilisation occidentale avec l’Orient extrême serait le plus grand hait qui se fût jamais passé sur la terre.