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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/202

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Valence et de Murcie, dont était depuis long-temps investi le comte de Morella. L’effectif de ces deux armées réunies était d’environ 30,000 hommes ; on pouvait donc compter sur une résistance sérieuse de la part de Cabrera, et le parti carliste fondait de grandes espérances sur son chef favori. Tout à coup une fatale nouvelle vint frapper ce parti comme un coup de foudre : Cabrera n’était plus que l’ombre de lui-même, il était malade, il était mourant.

On ne sait pas précisément à quelle époque remonte cette maladie de Cabrera. On croit cependant que c’est dans les premiers jours de novembre 1839 qu’il en ressentit les premières atteintes. Le bruit a couru qu’il avait été empoisonné, d’autres ont dit qu’il avait eu le typhus. Il a eu autour de lui jusqu’à quatorze médecins à la fois, médecins espagnols, il est vrai, et dont le plus habile était un chanoine de Valence, nommé Sevilla, sans qu’aucun ait pu assigner le véritable caractère de son mal. Ce mal, c’était l’épuisement. Nous avons dit qu’il avait gardé dans son élévation les joyeuses habitudes de sa première jeunesse ; les excès auxquels il se livrait tous les jours, unis aux fatigues de la guerre et aux nombreuses blessures qu’il avait reçues par tout le corps, avaient ruiné à la longue sa constitution. Il résista à une première crise, mais un plus grand danger l’attendait à sa convalescence. Habitué à satisfaire tous ses caprices, il reprit trop tôt son genre de vie ; le vin, les femmes et les danses ardentes de l’Espagne qu’il aime avec passion, achevèrent d’user ses forces, et amenèrent de nombreuses rechutes.

Dans cet état, il commandait encore. Ceux qui l’entouraient cachaient de leur mieux son abattement à la population et à l’armée. Plusieurs fois on fit sonner les cloches dans tout le Maestrazgo, pour célébrer sa guérison imaginaire. Pour mieux donner le change, un de ses lieutenans prenait ses habits, montait son cheval, et passait au galop dans les villages qui lui étaient soumis. Quand cette ruse ne fut plus possible, il se montra lui-même de temps en temps dans une litière, et tel était le culte qu’on lui portait, que ces apparitions relevaient un peu le courage de tous. Mais le plus souvent, il vivait retiré et invisible comme un despote d’Orient, et la démoralisation gagnait en son absence ceux qui étaient habitués à compter sur lui comme sur un dieu.

Les formidables préparatifs d’Espartero n’en continuaient pas moins, et il devenait évident pour tous qu’il serait bien difficile à Cabrera, même en lui supposant toute son énergie, de résister à des forces si considérables. Cabrera le voyait aussi bien qu’un autre, malgré son