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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/151

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Son nom est Valmiki, et notre siècle ne passera pas sans que ce nom ne soit inscrit à côté de ceux d’Homère, de Dante et de Shakspeare, car Valmiki est de la famille de ceux qui résument toute une civilisation. Comment a-t-il vécu ? comment a-t-il composé son ouvrage ? Ces questions sont résolues par le fait, dès le début du Ramayana. Cette épopée, comme celle de Dante, met d’abord en scène la personne du poète. Retiré sous les ombrages d’une forêt sacrée, dès les premiers vers il se prépare par une longue purification à l’inspiration divine. Tout annonce en lui un homme de la caste des prêtres, qui épure son esprit pour le rendre digne de produire le poème national des Indes. Son sanctuaire est dans le fond des vallées. Il fait ses ablutions dans les eaux divines du Tomosa. Ses disciples lui apportent au bord du fleuve ses vêtemens religieux, et, quand il sort des flots, son esprit sans tache est prêt à reproduire fidèlement les images impérissables que les dieux voudront y imprimer. Qui ne voit le sens profond caché dans ce début ? Où est l’homme qui, avant d’accomplir sa tâche, n’a besoin d’une ablution intérieure ? Où est celui qui ne s’est baigné dans le flot des douleurs humaines avant de recevoir, selon l’expression orientale, la seconde vie, c’est-à-dire celle de l’inspiration ? Où est le philosophe, l’artiste, qui n’a une fois, au moins, lavé la poussière de ses rêves au bord des lacs immaculés et rafraîchi son front dans l’abîme insondable ? Tout poète, avant de commencer son œuvre, ne se recueille-t-il pas dans le secret des forêts ou dans le secret de son cœur : Byron dans la mer des Cyclades, loin des bruits de l’Angleterre ; M. de Chateaubriand dans les forêts de l’Amérique du Nord ; avant eux, Camoëns, dans la solitude de l’Océan ; Milton, dans la solitude des ténèbres ; Dante, dans la solitude plus aveugle de l’exil ? Les peintres du moyen-âge, plus poètes encore que peintres, s’agenouillaient avant de prendre leurs pinceaux, et ils commençaient par adorer en eux-mêmes l’image qu’ils allaient représenter. C’est-à-dire que nul n’entre dans le royaume de la poésie, de la philosophie, de la raison, sans passer par une épreuve quelconque, et cette idée est inscrite en traits ineffaçables au seuil même de l’épopée indienne.

La scène suivante achève de donner à ce début toute sa valeur. A peine le poète indien s’est-il préparé par la prière et la macération, à peine est-il parvenu à l’état de sainteté, que le dieu suprême Brahma descend des hauteurs du ciel et vient le visiter dans sa hutte de feuillage. Valmiki le reconnaît à travers ses traits mortels. Il se prosterne pour l’adorer ; puis, lui présentant un siège fait de bois de