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jeune âge, des preuves de l’énergie audacieuse qu’il porta plus tard dans la conduite de la vie et les luttes de la science.

Lorsqu’il eut douze ans, sa mère, dont la tendresse clairvoyante avait aperçu ses heureuses dispositions, voulut qu’elles fassent développées par une éducation libérale. Elle consentit à se séparer de lui, et il fut envoyé au collège de Dinan. Il y fit ses études classiques avec succès. Il avait une intelligence vive, une mémoire heureuse et tenace, une réflexion précoce, car l’activité de son esprit n’ayant pas été jusque-là employée à apprendre, s’était tournée à observer. Il n’avait pas encore terminé ses études lorsque la révolution éclata. Sa famille en embrassa la cause, qui enflamma de ses ardeurs l’ame du bouillant écolier. Aussi, en 1792, les Prussiens s’étant avancés jusqu’à Verdun, et le cri d’alarme qui appelait les hommes de bonne et de patriotique volonté à la défense de la révolution menacée ayant retenti de Paris jusqu’au fond des provinces, Broussais, qui avait alors vingt ans et qui était en philosophie, s’enrôla avec plusieurs de ses camarades, qui formèrent une compagnie franche à Dinan. Parti comme soldat, il se serait promptement distingué dans cette carrière, où le commandement et la gloire allaient appartenir sans contestation et sans lenteur aux braves, aux intelligens, aux ambitieux. Rien de cela ne lui manquait pour arriver bientôt au premier rang.

Dans une de ces rencontres auxquelles il assista contre les chouans, il eut occasion de montrer à la fois sa force et son généreux courage. La compagnie franche de Dinan fut surprise et battue. Dans la fuite, un des camarades de Broussais, atteint d’un coup de feu, tomba à côté de lui. La guerre était sans quartier, et l’ennemi se trouvait à quelques pas. Broussais au risque d’être pris lui-même, s’arrêta, chargea sur ses épaules son compagnon blessé et continua sa retraite un peu ralentie par son dangereux fardeau. Les chouans tirèrent sur lui ; il reçut une balle dans son chapeau et parvint à leur échapper. Arrivé en lieu de sûreté, il déposa son camarade, mais il le trouva mort. Il n’avait sauvé qu’un cadavre. Son dévouement n’en avait pas moins été fort beau, car de telles actions s’estiment d’après le sentiment qui les inspire et le danger qu’il faut braver pour les accomplir.

Broussais ne servit pas long-temps dans la compagnie franche de Dinan, où il avait été nommé sergent. Étant tombé gravement malade, il revint près de ses parens, dont il était le fils unique, et qui, déjà âgés, le conjurèrent d’embrasser la profession héréditaire dans sa famille. Il s’y décida et fut admis successivement à l’hôpital de Saint-Malo et à celui de Brest. Ses progrès furent rapides, et il obtint