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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/99

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de l’influence de la tribu des Barehzaïs, placèrent d’abord sur le trône l’un des plus jeunes fils de Timour, Zéman-Shah, qui, pendant un règne agité de quelques années, essaya de reconquérir le Pandjab, et annonça même la folle intention d’envahir l’Hindoustan. Si ce projet eût pu avoir un commencement d’exécution, les intérêts anglais dans l’Inde auraient été sérieusement, quoique momentanément, compromis. Le gouverneur-général des Indes anglaises à cette époque (homme si justement célèbre, et auquel la postérité rendra encore un plus éclatant hommage que celui qu’il obtient de ses contemporains), le marquis de Wellesley[1], ne crut pas inutile de se prémunir contre le danger qui semblait menacer l’influence anglaise dans le nord de l’Hindoustan. La mission du capitaine J. Malcolm (depuis sir John Malcolm) à la cour de Perse, en 1799-1800, eut pour objet principal de déterminer la Perse à donner tant d’occupations à Zéman-Shah chez lui, qu’il ne pût songer sérieusement, de trois ans au moins, à troubler la tranquillité de l’Hindoustan. Le gouverneur-général assignait ce terme de trois ans aux arrangemens politiques et financiers qu’il avait en vue pour mettre les possessions de la compagnie et de ses alliés en état de défier toute agression étrangère. Comme encouragement à l’adoption de ces mesures, Malcolm était autorisé à offrir à la Perse un subside annuel de trois à quatre lacs de roupies (environ un million de francs), garanti pour trois ans. Il lui était recommandé en outre de tirer parti, autant que faire se pourrait, de l’inimitié qui depuis la mort de Timour régnait entre ses fils, et qui avait déjà amené des luttes sanglantes à la suite desquelles deux de ces princes s’étaient réfugiés à la cour de Perse[2]. Admettant que le shah de Perse s’engageât à suivre le plan d’opérations tracé par le gouvernement anglais, celui-ci déclarait ne prétendre à aucune part des conquêtes ou du butin qui pourraient être acquis par la Perse, en cas de guerre avec Zéman-Shah. À cette époque, l’Angleterre trouvait convenable de jouer précisément le rôle qu’elle accuse la Russie d’avoir joué dernièrement devant Hérat. Lord Wellesley armait la Perse contre l’Afghanistan ; aujourd’hui, au contraire, lord Auckland arme l’Afghanistan contre la Perse. Les faits curieux que nous venons de rapporter sont constatés par la cor-

  1. Frère aîné du duc de Wellington. Le marquis de Wellesley était capitaine-général en même temps que gouverneur-général. Le duc de Wellington, alors seulement l’honorable Arthur Wellesley, servait dans l’Inde à cette époque en qualité de major-général.
  2. Shah-Mahmoud et le prince Kamran son fils.