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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/902

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12 mai avec le 15 avril. C’est la seule combinaison qui offre les apparences de la vitalité. Elle ne serait cependant pas viable. Où serait sa majorité ? Comment la former ? A l’aide des amis de MM. Dufaure et Passy et des doctrinaires ? Base trop fragile, si ces fractions de la chambre n’obtenaient pas dans les affaires une part disproportionnée à leur nombre ! Base plus fragile encore si elles l’obtenaient, car on perdrait, dans les centres, plus de boules qu’on n’en gagnerait de l’autre côté, et des boules qui tuent à bout portant, coûte que coûte : témoin le rejet de la dotation.

Ce serait une pure illusion que celle d’un ministère succédant au cabinet du 1er mars et se flattant de pouvoir gouverner avec la chambre actuelle. Aussi est-il juste d’ajouter qu’il n’est pas un seul des hommes politiques que cette combinaison pourrait appeler aux affaires qui le pense sérieusement. Ils sont trop éclairés, trop habiles, trop versés dans le maniement des affaires publiques et dans les combinaisons parlementaires, pour qu’il leur reste à cet égard le moindre doute. Ils savent et ils ne cachent pas que la première mesure à prendre, ce serait la dissolution de la chambre.

Ce qu’on dit moins, ce qu’on ne peut cependant pas ignorer, c’est que la dissolution ne serait prononcée qu’après l’avoir refusée à M. Thiers, qu’après l’avoir contraint à se lier de plus en plus avec la gauche, qu’après lui avoir donné aux yeux du pays un nouveau relief, qu’après avoir fourni à ses amis des armes bien dangereuses, et dont il est plus facile de désirer que d’espérer que par sagesse et par patriotisme ils ne voudront pas faire usage.

Quelle lutte ! quels combats ! quelle agitation ! Et cela dans un moment où tous les besoins matériels du pays n’ont pu encore être satisfaits, et où les vicissitudes ministérielles et parlementaires ont enlevé au pouvoir une si grande partie de sa force, de son influence, de son crédit !

Ceux qui peuvent de sang-froid arrêter leurs regards sur une pareille situation sont doués, nous nous empressons de le reconnaître, d’un courage auquel nous ne saurions atteindre. Ils aiment, eux, les grosses aventures ; nous, nous aimons les sages résolutions ; ils préfèrent à toutes choses le triomphe de leur parti ; nous, nous préférons le maintien de nos principes. Or, certes, rien ne serait plus propre à les compromettre et à nous jeter dans un avenir pour le moins fort incertain, que des mesures téméraires, une lutte poussée jusqu’aux dernières extrémités entre les deux grandes fractions de la chambre. Le calme des esprits est si trompeur dans notre pays ! et c’est avec une si grande rapidité que la chute de la moindre pierre y produit une avalanche !

L’erreur capitale serait de se persuader qu’il ne peut être question dans la crise qu’on prépare que d’un changement de ministère, qu’il ne s’agit que de ramener aux affaires un parti politique offrant à nos principes, à nos idées, plus de garanties. Certes nous pourrions applaudir à un pareil résultat. Nous n’avons pas abandonné nos principes, nos tendances restent les mêmes. Nous avons toujours déploré les circonstances politiques qui ont éloigné M. Thiers des centres pour le rapprocher de la gauche. Les tendances, les idées, la capacité