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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/901

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réalisent, que la question de cabinet, posée à l’occasion des fonds secrets, se trouve décidée dans l’urne parlementaire contre le ministère, qu’arrivera-t-il ? Il vaut la peine de parcourir les diverses hypothèses ; il n’en est pas une seule qui ne soit un péril pour la France.

Repoussé par la chambre avant d’avoir rien fait, condamné à priori par une opposition systématique, le cabinet ne s’écartera nullement des règles du gouvernement représentatif, en demandant à la couronne la dissolution de la chambre, et en insistant respectueusement pour l’obtenir. Que pourra-t-on lui opposer ? que, composé d’hommes nouveaux, inconnus, le cabinet trouverait dans le pays les mêmes résistances qu’il trouve dans la chambre, la même répugnance à lui livrer la conduite des affaires ? Non ; M. Thiers a été long-temps ministre, il a déjà été le chef d’un cabinet ; il a été un des principaux membres de ce ministère glorieux qui a pris Anvers, désarmé la Vendée et réprimé l’insurrection à Paris, à Lyon ; il a, dans les temps les plus difficiles, dirigé la police du royaume comme ministre de l’intérieur, déployé la plus grande énergie, payé de sa personne. Non, le pays connaît M. Thiers et le cabinet du 1er mars. La question entre lui et la chambre se trouvera donc nettement, clairement posée devant le pays. Ce n’est pas entre le connu et l’inconnu, mais entre une chambre et un ministère également bien connus que le pays serait appelé à décider. Comment refuser cette épreuve au cabinet qu’on a choisi hier après une crise ministérielle des plus courtes, à un cabinet qui n’a rien fait encore, et que la chambre condamne par préjugé, à priori ?

La dissolution est-elle accordée ? Qu’on en pèse les conséquences. M. Thiers lui-même pourrait-il retenir les électeurs dans la ligne de modération et de sagesse dont sans doute il ne voudrait pas les voir s’écarter ? Il est permis d’en douter. Qu’a fait la chambre, qu’a fait le parti conservateur pour ne pas redouter l’épreuve électorale ? Il y a bientôt deux ans que le pays attend en vain de la législature les mesures les plus urgentes, les lois les plus utiles, et qu’il n’obtient que des débats parlementaires et des crises ministérielles. Le ministère pourrait-il décemment seconder la réélection des hommes qui l’auront condamné avant d’attendre ses actes ? Pourrait-il combattre l’élection de leurs adversaires ? Quand on dira aux électeurs que cette chambre était impuissante, qu’il n’y avait pas en elle de majorité possible, qu’elle n’était propre qu’à tout empêcher, seront-ce là de pures calomnies, des accusations faciles à repousser ? Quand on leur dira qu’après avoir amené la crise, on a, par une bizarre contradiction, voulu, le jour d’après, en détruire les résultats, que penseront les électeurs ? Et une fois l’impulsion donnée contre les 221, où s’arrêtera-t-elle ? où s’arrêtera-t-elle dans un pays comme le nôtre ?

Ces considérations graves, très graves, déterminent-elles à refuser au ministère l’ordonnance de dissolution, à ne pas lui accorder une fois ce qu’on a accordé deux fois au 15 avril ? Nous serions loin de blâmer ce refus ; mais ici encore il importe de peser les conséquences.

Il faut alors un nouveau ministère, Lequel ? Un amalgame quelconque du