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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/90

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qu’elle appelle la charte turque, lorsque Constantinople devient un faubourg de Paris, et que des journalistes émérites ou sans travail s’acheminent des bords de la Seine à ceux du Bosphore ? Le dernier paquebot vient de transporter dans la capitale des Osmanlis une petite colonie littéraire qui va exploiter les idées libérales en Turquie, et se propose bien de ne pas revenir avant d’avoir assisté à une discussion parlementaire au sein d’une chambre musulmane, ou fait élever des barricades dans les rues tortueuses de Stamboul.

Efforts impuissans, pastiches ridicules d’une nationalité qui succombe sous une civilisation qu’elle est aussi incapable de comprendre que de supporter ! Il est difficile que la France intelligente applaudisse à ces tentatives de décomposition si contraires aux vues de conservation désintéressée qu’elle manifeste sur l’Orient. Délivrer le pays de toute tutelle exclusive, y laisser les choses à leur cours naturel, tant à Constantinople qu’à Alexandrie, faire durer, sinon pour bien des siècles, du moins pour des années encore, un état de choses dont la Russie et l’Angleterre ont un égal intérêt à voir la chute, telle est évidemment son intérêt comme sa pensée, et c’est parce qu’un libéralisme de contrebande et une presse exploitée par des hommes sans moralité sont un obstacle à ces vues loyales, qu’elle ne peut applaudir à ces symptômes d’une décadence imminente. La France doit désirer consacrer en Turquie comme en Égypte les faits qui résultent de la force des choses, faits qui ont en ce moment la sanction de la victoire, et jusqu’à un certain point de la volonté des peuples. C’est précisément parce qu’elle entend laisser l’Orient à lui-même qu’elle appuie et qu’elle seconde la division si naturelle de cet empire, dont un lien nominal peut-être, mais sacré, pourrait encore rattacher les deux parties au centre de l’unité nationale. Dans l’intérêt même de l’empire ottoman, la France doit vouloir une division qui le rende plus fort, et elle fait de la politique turque en garantissant les destinées nouvelles de l’Égypte, non moins qu’en interdisant à la Russie l’accès, des rives du Bosphore.

Ce n’est pas que les esprits prévoyans se fassent trop d’illusions sur l’avenir des deux nations musulmanes, en admettant même que le cours de leurs destinées ne soit pas violemment interrompu par l’ambition hâtive de deux cabinets européens, dont l’un est pressé par ses intérêts et l’autre par ses haines, et qui semblent se rapprocher pour s’assurer une part également belle dans le grand partage. L’œuvre fondée par Méhémet-Ali n’offre pas sans doute tous les caractères de durée que la France serait heureuse d’y trouver ; il est difficile de