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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/877

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Helmund (l’Etymander des anciens), qui prend sa source dans le Paropamise et se jette dans le lac de Zarah après un cours d’environ 400 milles ; il est navigable, ainsi que plusieurs des autres cours d’eau du plateau, mais seulement dans certaines limites.

Le bassin de l’Helmund est le lien qui unit l’Irân, le Tourân et l’Hindoustân. Les caravanes trouvent dans cette région seule un point d’appui solide, pour ainsi dire, et des communications assurées, des routes et les provisions nécessaires aux voyageurs. Cette circonstance a exercé une influence décisive sur les relations historiques et ethnographiques de l’Afghanistan. C’est à travers ce pays qu’en 1738 le shah Nader, comme jadis Alexandre-le-Grand, marcha à la conquête de l’Inde. Bien avant cette époque, c’est-à-dire en l’an 1000 après J.-C., le sultan Mahmoud s’appuya sur Ghazna dans sa marche à la fois politique et religieuse. Timour, le conquérant de l’Asie supérieure, fut obligé de se rendre maître de Kaboul (1398) pour pouvoir pénétrer jusqu’au Gange. Le sultan Baber, fondateur de l’empire moghol (1520), se montrait partout comme le souverain de Kaboul.

Les Afghans constituent ici depuis des siècles un état intermédiaire entre l’Inde et la Perse. Occupant le pays des passages, ils furent long-temps redoutables aux rois d’Ispahan et de Delhi. Leurs migrations se répandaient dans tous les pays voisins. Plus tard, quand l’Afghanistan devint royaume indépendant, il s’étendait depuis la mer jusqu’à Kashmir et Balkh, et depuis l’Indus jusqu’au Kerman. Un mouvement immense et continu de différens produits, marchandises, peuples, tribus, et au milieu des circonstances les plus variées, donna à ce pays et au peuple qui l’habite un caractère tout particulier. L’agglomération des étrangers et la division des indigènes en oulousses (tribus) et en khails eurent ici pour résultat l’étrange spectacle d’un chaos de peuples se mouvant, s’en allant, se colonisant, contrastant par leur mobilité, de la manière la plus frappante, avec les peuples de l’Hindoustan.

Les bords de l’Indus, depuis un temps immémorial, sont unis à la ville de Kaboul par six voies de communication, dont une seule, celle qui passe par les monts Khayber, fut rendue praticable pour tous les moyens de transport sous le règne de l’empereur Akbar. Sept passages conduisent de Kaboul à Tourân ; mais à l’ouest il n’y a qu’une route par Ghazna, Kandahar et Hérat en Perse ; c’est la route royale, remplie aujourd’hui encore de caravanes, et concentrant tout le commerce, malgré le redoutable voisinage des Béloutchis, qui la bordent de deux côtés.