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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/869

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par un peuple tout-à-fait distinct, les kafers. Le Kaferistân, ou pays des Kafers (kafers, mécréans, infidèles, qui ne sont ni mahométans ni hindous), est d’une étendue indéterminée, mais qui comprend au moins tout le pays au nord du fleuve de Kaboul, depuis Tchitrâl jusqu’à Badakshan, Anderab et Balkh. Le Kaferistân offre un vaste champ aux explorations des voyageurs futurs ; c’est une vraie terra incognita dans sa partie orientale. Elphinstone, dans son excellent ouvrage sur le Kaboul et les pays voisins, a donné une notice très intéressante sur les Kafers ou Siapôsh [1]. C’est un fait très remarquable que non-seulement ces peuplades (visitées en 1810 par Moulla-Nadjib, et dont Elphinstone décrit les mœurs et les usages surtout d’après cet observateur musulman), mais en général toutes les tribus qui habitent au nord du Hindou-Koh et sur la rive droite de l’Indus jusque dans le petit Tibet, prétendent descendre des Macédoniens de l’armée d’Alexandre [2]. On peut espérer que M. Vigne, voyageur anglais qui a tout récemment exploré avec soin les pays au nord de l’Hindoustan, et dont on imprime en ce moment la relation à Londres, aura recueilli des renseignemens curieux sur cette intéressante question.

Au-dessous et à l’est du Kaferistân, le pays montagneux entre la rivière Londye et l’Inclus (au nord d’Attock) est habité par la tribu des Youssouf-Zaïs, dont l’importance historique mérite une mention particulière. D’après les traditions et les histoires écrites que possède cette tribu, les Youssouf-Zaïs sont originaires du pays situé entre Hérat et le Beloutchistan, sur les confins du Dushté-Lout, ou grand désert salé ; et lorsqu’ils en furent expulsés vers la fin du XIIIe, ou au commencement du XIVe siècle, ils peuplèrent en partie la haute terrasse de Kaboul, et, de proche en proche, s’établirent, de gré ou de force, dans les districts voisins du bassin de l’Indus, et plus particulièrement dans celui que nous avons désigné, et d’où ils ont envoyé des colonies dans tout l’Hindoustan. Les Youssouf-Zaïs

  1. Sia, noir, pôsh, vêtement ; habillés de noir. On donne ce nom à quelques-unes de leurs tribus, parce qu’elles portent une espèce de surtout de poil de chèvre.
  2. L’ouvrage d’Elphinstone abonde en observations judicieuses et en détails précieux, surtout en ce qui concerne l’ethnographie de l’Afghanistan. Burnes, qui a visité ces contrées vingt-trois ans après Elphinstone, a confirmé par son témoignage toutes les observations de ce dernier, qu’il nomme classiques. La carte jointe à la dernière édition de la description du royaume de Kaboul semble laisser encore beaucoup à désirer. Nous regardons la carte d’Arrowsmith, publiée à Londres en 1834 (Central Asia, comprising Bokhara, Cabool, Persia, etc.), d’après les observations d’Alex. Burnes, comme la meilleure carte générale que l’on puisse consulter pour l’intelligence des questions qui nous occupent.