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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/842

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Quoique déjà passablement vieux, Stentarello a toujours le cœur tendre, et devient subitement amoureux de toutes les filles qu’il rencontre. Il fait plus : son seigneur a une jolie femme, et Stentarello, qui se croit irrésistible depuis que la cour rit de ses quolibets, se persuade qu’il est aimé et lui fait une cour assidue. Il se peint le visage et noircit ses épais sourcils. Il reconnaît pour la première fois qu’il a énormément de cheveux blancs, et fait venir un barbier pour l’épiler. Le barbier travaille de si bon cœur et avec tant de conscience, ne voulant pas oublier un cheveu blanc, qu’il finit par laisser Stentarello sans un seul cheveu sur la tête. Le patient s’aperçoit un peu tard qu’il est absolument chauve ; le barbier lui apporte alors une belle perruque bien frisée, et aussitôt que notre amoureux l’a placée sur son chef, il se sent rajeuni d’un demi-siècle. Stentarello, qui veut être irréprochable, emprunte le nécessaire de toilette d’un jeune Anglais de sa connaissance. Ce nécessaire contient une foule de petits objets dont il ne peut deviner l’usage, et quatorze brosses différentes pour se nettoyer les ongles. Cette critique de la minutieuse propreté des Anglais est tout-à-fait italienne et fort drôle. Stentarello s’émerveille à la vue de chacune des pièces du nécessaire, et, après les avoir longuement examinées, il cherche à s’en servir. Son embarras et ses commentaires sont à mourir de rire ; enfin, après avoir retourné dans tous les sens cette machine si compliquée, il finit par s’éplucher le nez avec un coupe-cors, et par se brosser les dents avec une savonnette pleine de savon, ce qui lui fait faire une horrible grimace.

Quand cette toilette préliminaire est achevée, il revêt un bel habit de cour tout couvert de paillettes que le tailleur lui apporte, et il se compose à grand renfort de filasse une jambe tout-à-fait attrayante. Il faut voir les airs vainqueurs qu’il affecte, lorsque sa toilette est achevée, et avec quelle intime satisfaction, quel contentement de lui-même, il se regarde dans son miroir. La tête lui tourne, il se croit sûr de son fait, et il saisit la première occasion favorable pour adresser une belle déclaration à la princesse, qui l’écoute en souriant. Notre amoureux prend ce sourire pour un encouragement, il est au comble du bonheur et devient entreprenant ; il a saisi la main de la princesse et se précipite à ses pieds, quand tout à coup le prince arrive. La frayeur de Stentarello pris en flagrant délit de déclaration est si grande, qu’il ne peut se relever : — Que fait Stentarello dans cette belle position ? dit le prince en arrivant.