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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/813

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que M. Arago a trouvé ses plus sincères admirateurs, tant qu’il ne s’est servi de son influence que dans l’intérêt des sciences et de l’Académie. Je ne vous parlerai pas de quelques autres journaux qui, à cette occasion, ont avancé que M. Arago n’avait jamais rien fait et qu’il n’a aucun titre à la réputation dont il jouit, car c’est là évidemment une exagération inexcusable. M. Arago est un homme qui connaît admirablement certaines branches des sciences : personne ne sait mieux que lui l’optique, l’astronomie physique et la physique terrestre, et on lui doit plusieurs observations dont tous les savans apprécient l’importance. Mais il y a loin de là à cette universalité de connaissances, à cette suprématie de talent que ses amis lui attribuent et que la presse a proclamée si long-temps. Même après les pertes cruelles qu’elle a éprouvées dans ces dernières années, l’Académie renferme des hommes qui, parce qu’ils ont su rester fidèles aux sciences, ont contribué plus que M. Arago aux progrès des connaissances humaines, et dont le nom vivra probablement dans l’histoire plus long-temps que le sien.

Comme je vous l’ai déjà dit, M. Arago doit être rangé parmi les savans qui cherchent plutôt les phénomènes singuliers, capables de frapper l’imagination, que les théories élevées ou les résultats amenés par une étude profonde et persévérante. Les faits dont il a enrichi la science sont des observations heureuses qu’il a abandonnées presque immédiatement après les avoir faites, et qui ont eu besoin d’être fécondées par d’autres pour qu’on en sentît tout le prix. Ainsi, par exemple, la découverte du magnétisme développé par la rotation, qui est peut-être le fait le plus remarquable que la science doive à M. Arago, est un phénomène isolé qu’il rencontra, de son propre aveu, en cherchant autre chose et par accident, et qui place ce savant physicien à côté de M. Oersted pour la découverte de l’électro-magnétisme, de M. Dobereiner pour l’inflammation du gaz hydrogène mis en contact avec le platine spongieux, et de M. Dutrochet pour la découverte de l’endosmose. Cependant, sans les grands travaux de M. Faraday, qui a su rattacher les recherches de M. Arago à sa belle théorie de l’induction, l’observation du savant secrétaire perpétuel serait probablement restée aussi stérile que l’était la découverte de l’habile physicien danois avant les profondes recherches d’Ampère.

La faculté la plus remarquable de M. Arago, celle qui lui a valu principalement sa popularité, c’est son talent d’exposition, qui est véritablement d’un ordre très élevé. Il faut l’avoir entendu pour savoir avec quelle lucidité, avec quelle méthode il sait analyser une