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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/775

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LE ROI. — Étaient-ils plus rois que moi ?
DON TELLO. — Non, sire.
LE ROI. — Eh bien ! la loi qu’ils ont faite, je puis l’observer ou y déroger suivant que la justice et l’intérêt public me paraîtront l’exiger. Pour vous, si vous avez promis d’épouser Léonor, faites-le pour que votre ame ne périsse pas avec votre corps. C’est d’ailleurs un point que je vous laisse à débattre avec votre confesseur ; car marié ou non, demain, je vous l’annonce, sans plus de retard, votre tête roulera sur l’échafaud… Qu’on l’emmène au château.


L’orgueil de don Tello est enfin dompté. En face de la mort, il annonce à Léonor, d’assez mauvaise grace il est vrai, qu’il reconnaît ses torts envers elle et qu’il veut les réparer. Léonor et dona Maria vont se jeter aux pieds du roi pour obtenir la grace des deux condamnés.


LE ROI. — Vous m’avez demandé justice, je vous l’ai faite.
LÉONOR. — C’est encore justice que je vous demande, sire, car dans un roi, image de la Divinité, la justice et la clémence envers les coupables repentans sont une seule et même chose.
LE ROI. — Que voulez-vous donc ?
LÉONOR. — Nous craignons que nos paroles ne vous irritent.
LE ROI. — La demande la moins fondée ne peut être un sujet d’irritation ; un refus en fait suffisamment justice. Un roi doit tout écouter, sauf à prononcer ensuite selon la raison…


Léonor, toujours un peu pompeuse et sentencieuse dans ses discours, adresse alors au roi une longue harangue où elle reproduit assez noblement tous les lieux communs que les rhéteurs ont jamais pu inventer en faveur de la clémence. Dona Maria, plus simple et plus timide, ajoute quelques mots en faveur de son amant qui, bien moins coupable, semble pouvoir compter sur quelque indulgence. Le roi leur répond que la sentence est déjà rendue, qu’il l’a revêtue de sa signature et que sa conscience lui défend de la révoquer. Elles veulent insister : « Apprenez-leur, dit-il, qu’en renouvelant une demande que j’ai du écouter une première fois sans colère, vous m’offenseriez en effet… Gutierre, qu’on les fasse sortir ! » Elles se retirent tout épouvantées et le désespoir dans l’ame.

Don Tello reçoit la notification de son arrêt de mort. Il attend avec résignation le jour qui doit éclairer son supplice. Mais don Pèdre, non content d’avoir, comme roi, vaincu et châtié son orgueil, veut encore, comme homme, comme chevalier, lui faire sentir sa supériorité ; il ordonne à don Gutierre de se trouver à l’entrée de la nuit à la porte du jardin du palais, avec deux chevaux et une épée. Gutierre, surpris et inquiet de ces préparatifs, veut en connaître l’objet. Peu satisfait d’une réponse évasive par laquelle don Pèdre s’efforce d’éluder ses questions, il laisse entendre qu’il soupçonne quelque chose de