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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/769

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LE ROI. — Encore une fois, songez que vous parlez du roi don Pèdre, qu’il est votre souverain, et, ne le fût-il pas, qu’il est peu patient, que s’il savait ce que vous dites de lui il vous aurait bientôt fait taire. (il se lève d’un air irrité, un valet effrayé appelle du secours, don Tello lui impose silence.)
DON TELLO. — Crois-tu que si je voulais châtier sa hardiesse, je ne suffirais pas pour cela ?
LE ROI. — Je ne sais.
DON TELLO. — Allons, son intention était bonne ; c’est son zèle pour son roi qui l’a emporté ; qu’on ne lui fasse pas de mal.
LE ROI. — Je suis un sujet fidèle, vive Dieu !
DON TELLO. — Il n’est pas besoin de jurer.
LE ROI. — Soit !
DON TELLO. — Vous aimez beaucoup le roi ?
LE ROI. — C’est un devoir.
DON TELLO. — Asseyez-vous, brave Aguilera.
LE ROI. — Pardonnez cet emportement au zèle d’un sujet dévoué de cœur à son souverain.
DON TELLO. — Et moi aussi, je suis sujet du roi, et ma maison s’est toujours fait honneur de ne le céder à aucune autre en loyal dévouement. C’est pour cela que ce que vous venez de faire ne m’a pas déplu ; donnez-moi la main.
LE ROI. — Les nobles doivent parler des rois avec respect, parce que, bons ou mauvais, ils sont sur la terre la représentation de la divinité, destinés dans les impénétrables décrets de la providence, les uns à nous châtier, les autres, à nous récompenser. Mais laissons cela. J’avais tant entendu parler de vous, que, passant près de votre demeure, j’ai voulu la visiter, et l’amour qu’on vous porte dans ce pays me prouve que le bruit public ne m’avait pas trompé sur votre compte.
DON TELLO. — Il est sûr que je suis fort aimé à Alcala.
LE ROI. — On dit que le roi lui-même n’y inspire pas autant de respect.
DON TELLO. — C’est que, voyez-vous, on n’y connaît de son altesse que le sceau et la signature, et si quelquefois on y exécute les ordres qui en sont revêtus, c’est avec mon consentement.
LE ROI, à part. — Juste ciel ! vit-on jamais pareille impudence ! si dès cet instant même il n’en reçoit pas le prix de ma main, si je ne lui fais pas voir qui je suis, c’est pour mieux justifier bientôt mon nom de justicier.


En ce moment, Léonor, se frayant un passage malgré les efforts des valets pour la repousser, vient de nouveau sommer don Tello de tenir sa promesse. Don Tello lui répond que, bien qu’elle lui ait plu quelque temps, il n’a jamais eu la pensée de l’épouser, qu’elle ne doit s’en prendre qu’à elle-même de la folle espérance qu’elle avait conçue et qui l’a portée à céder à ses désirs ; que, néanmoins, il consent à lui donner tout ce qu’elle voudra demander en dédommagement de son honneur perdu. Don Pedro, contenant son indignation, feint de trouver la proposition raisonnable, et la pauvre Léonor, croyant