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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/704

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une collaboration un peu étroite et continue qu’un beau jour ce programme, s’il prenait envie de le déduire, se pourrait à toute force préciser : et qu’aurait-il besoin de se tant préciser jamais, puisqu’il se pratiquerait avant tout et qu’il vivrait ?

Décidément, la littérature qui a suivi l’ordre de choses du 8 août ne paraît pas, non plus que la politique, devoir se marquer par quelques grandes influences centrales, glorieuses, qui dominent le reste, et autour desquelles tout se subordonne avec plus ou moins d’harmonie en monument. Il est des noms éclatans qui font pointe à part et qui s’échappent le plus qu’ils peuvent hors de l’orbite ; mais ils n’entraînent et ne rangent rien autour d’eux. S’il est vrai que les rois s’en vont, il ne l’est pas moins que le règne des demi-dieux littéraires, du moins pour le quart d’heure, est passé. Que reste-t-il donc ? une multiplicité de chefs de partis, mais surtout des individus notables, distingués, des talens réels et variés, qui, à divers titres, peuvent se croire égaux. Qu’ils suivent chacun leur ligne pour les œuvres individuelles et consentent à coexister dans de certains rapports de communauté et de confins dans les jugemens ; qu’on pratique ainsi la vraie égalité et indépendance, l’estime mutuelle du fond avec les réserves permises : voilà des mœurs littéraires de juste et saine démocratie, ce semble, et qui seraient d’un utile exemple à offrir aux jeunes hommes survenans, lesquels ne trouvent rien où se rattacher, que l’ambition illimitée égare ou déprave, dont quelques uns tombent du second jour aux vices littéraires, les plus bas de tous, et dont on voit quelques autres plus généreux rôder dans la société comme de jeunes Sicambres, des Sicambres plume en main et sans emploi.

Les générations prennent, à mesure qu’elles avancent, des teintes plus uniformes, de certaines couches générales de lumière qui les différencient en masse d’avec celles qui suivent, et en font ressembler davantage entre eux les individus. C’est là une indication extérieure, et comme un avertissement de s’unir effectivement au-dedans. Je ne craindrai pas d’éclaircir ma pensée avec trois noms : vers 1829, M. de Carné était au Correspondant, journal catholique, M. Saint-Marc Girardin aux Débats, M. de Rémusat au Globe. Des différences tranchées séparaient les points de départ, les origines de ces esprits distingués ; l’un n’aurait pu écrire indifféremment là où écrivait l’autre ; il y avait barrière. Dix ans se sont écoulés, et ces mêmes esprits développés, rapprochés, peuvent, quand on les lit, sembler