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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/696

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un peu par manie), nous venons conseiller comme urgent, opportun et pas trop difficile, cet acte de seconde union, cette espèce de mariage de raison pour tout dire, entre les talens mûris. Chacun aurait ses réserves pour de certains apanages propres et auxquels on tient chèrement tout bas ; mais on entrerait en communauté et en concert sur bien des points de critique positive et de travaux qui s’appuieraient.

Cet accord s’essaie et subsiste plus ou moins déjà ; c’est la pensée et le venu de cette Revue même et c’est parce que la chose est en train de se faire, qu’elle devient possible, et qu’il y a lieu d’insister, d’achever et de s’exhorter. — Un coup d’œil sur l’ensemble de la littérature et sur les phases de ses principaux personnages depuis dix ans éclairera encore mieux notre idée et la modération de notre désir.

M. de Châteaubriand, qu’il faut toujours nommer d’abord (ab Jove principium), non-seulement comme le premier en date et en rang, mais aussi comme le plus durable, comme l’aïeul debout qui a vu naître, passer et cheoir bien des fils et petits-fils devant lui ; M. de Châteaubriand, après s’être dégagé avec honneur de la politique et s’être voué uniquement à sa grande composition finale, aux vastes bas-reliefs de son monument, a eu cela de remarquable et de progressif de s’établir dans une existence plus calme, plus sereine et véritablement bienséante à tant de gloire. Son rare bon sens, qui, dans ses éloquens écrits, se revêt si souvent et s’arme ou se voile d’éblouissans éclairs, n’a jamais paru plus élevé, plus net, mieux discernant, aux yeux de tous ceux qui ont l’honneur de l’approcher. Si une conciliation entre toutes les parties généreuses et saines peut sembler possible au sein de la littérature moderne, c’est surtout en contemplant celle qui s’est faite avec les années dans ce haut esprit de plus en plus étendu, attentif et accueillant.

Les organes les plus en vue, les chefs de file tout-à-fait considérables du mouvement historique, philosophique et littéraire, aux dernières années de la restauration, MM. Guizot, Cousin et Villemain, ont dû cesser un peu brusquement cette activité de rôle. Ils n’ont pourtant pas renoncé à assister aux suites, à y présider même par leur esprit ; ils ont donné de leur présence constante des témoignages trop rares sans doute pour ceux qui les admirent et auraient voulu les suivre encore, mais des témoignages suffisans pour maintenir leur influence supérieure et leur nom. M. Guizot a donné Washington, M. Cousin Abélard, et M. Villemain deux volumes d’une litté