Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/695

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


à l’expérience. Bref (puisqu’il faut articuler le mot fatal), le jeune Siècle, ou du moins ce qui se nommait le jeune Siècle encore il y a dix ans, a aujourd’hui, l’un portant l’autre, quarante ans à peu près grand âge climatérique pour les tempéramens littéraires comme pour les autres. Cela rend possible bien des accords.

Cela les rend urgens aussi. C’est l’âge ou jamais, on en conviendra, pour l’ensemble des générations suffisamment contemporaines qui se sont long-temps laissé intituler le jeune Siècle, de prendre un dernier parti. La figure qu’on fera devant ces autres générations survenantes, et toujours assez peu bien disposées, l’idée générale qu’on laissera de soi, et la considération définitive qu’on ménagera à ses vieux jours littéraires, dépendent beaucoup de la façon dont on va se comporter et se poser en ces années où tant de féconds emplois sont possibles encore. Les laissera-t-on échapper et se dissiper, ce qui est en train de se faire ? N’aura-t-on eu décidément que de beaux commencemens, un entrain rapide et bientôt à jamais intercepté, cette verve courageuse d’esprit que donne la jeunesse ? N’aura-t-on à livrer à l’œil du jaloux avenir que des phénomènes individuels, plus ou moins brillans, mais sans force d’union, sans but, même secondaire, sans accord, même spécieux et décent ? Ne sera-t-on en masse, et à le prendre au mieux, qu’une belle déroute, un sauve qui peut de talens enfin ? Ou bien, méritera-t-on de compter parmi les siècles qui ont eu quelque consistance, qui ne se sont pas hâtés eux-mêmes de se dissoudre, qui ont lutté avec honneur sur les pentes dernières de la littérature, de la langue et du goût ? Aura-t-on à présenter, sous les phénomènes excentriques éclatans qui illustrent et compromettent aussi une époque, et dans l’entre-deux de ces hasards de génie aussi souvent insensés que glorieux, un fonds plus sage, un corps de réserve et d’élite encore, rebelle à entamer, sensé, judicieux, fin, mesurant applaudissement ou sentence sur ce qui joue et brille ou s’égare devant lui ? La question est posée ; chacun peut la retourner à son gré, en étendre ou en resserrer les termes. Le moment me semble extrêmement favorable pour la laisser envisager dans toute sa clarté : si bien qu’il dépend peut-être de dix ou douze hommes dont les noms se pourraient dire, et qui au talent qu’ils ont joindraient un peu du zèle qu’ils ont eu, de la résoudre favorablement aujourd’hui.

Nous qui avons prêché autrefois plus d’une croisade, et pas toujours des plus orthodoxes assurément, qui avons poussé, je le crains, à de trop vives aventures, au rapt d’Hélène et à l’imprudent assaut, nous venons donc (dût-on nous accuser de prêcher à tout propos et