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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/664

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Alençon, 7 juillet

« Vous me conseillez un commentaire et une réfutation du Contrat social : c’est une belle idée, je l’avoue ; mais je crains que l’exécution ne soit au-dessus de mes forces. Je préfère suivre mon travail commencé sur les gouvernemens. Je suis occupé à lire Daunou sur les garanties. Cet ouvrage a deux parties distinctes. Dans la première, l’auteur examine ce que c’est que la liberté ou les garanties ; il les caractérise, les décompose, les circonscrit ; tout cela me paraît en général bien conçu et bien fait. Dans la seconde partie, on recherche comment les divers gouvernemens accordent ou délimitent ces garanties. Ici, Daunou n’est ni assez étendu ni assez profond. Dans mon ouvrage, je referai cette seconde partie sous un point de vue plus pratique que théorique, et j’entrerai dans des détails faute desquels l’ouvrage de l’oratorien ressemble à un livre de géométrie plutôt que de politique. Peut-être commencerai-je par publier un morceau de mon travail, par exemple la conciliation des garanties que réclame la liberté avec celles que réclame la force, c’est-à-dire l’organisation militaire dans un gouvernement libre. Ce n’est qu’un point, il est vrai ; mais ne croyez-vous pas, mon ami, que l’exploitation soignée d’une partie du territoire en friche est plus utile à l’avancement de la science qu’une grande entreprise de culture dont les résultats seraient incertains ? Il y a sans doute des génies d’une vigueur immense qui peuvent tout saisir, comme Montesquieu ; mais je ne suis pas de ces génies-là. D’ailleurs le temps de la culture parcellaire est le nôtre. Nous sommes trop avancés pour qu’une vaste entreprise, si elle est superficielle, puisse être utile, et peut-être ne sommes-nous pas mûrs encore pour une grande entreprise profondément imaginée et parfaitement exécutée. Si je pouvais bien cultiver mon lot, mon cher ami, j’aurais bien mérité de mes semblables, et obtenu assez de réputation pour assurer et embellir mon existence. — J’ai aussi formé le projet d’un ouvrage de circonstance ; mais je ne crois pas pouvoir l’exécuter ici. — J’ai eu de mauvais jours à la fin de juin. Savez-vous que ma tête se refuse quelquefois au travail ? J’ai aussi un sang qui a une fâcheuse tendance à presser, ma pauvre cervelle. Malheur à moi, si je ne fais pas beaucoup d’exercice. J’ai eu une jeunesse si active ! et je suis encore un peu jeune. Je crois que je le serai long-temps par la tendresse du cœur et les enchantemens de l’imagination. Conçu dans le sein d’une femme de