Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/657

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


place de l’Odéon, pour y lire les journaux ; à peine en sortait-il que, sur la place même de l’Odéon, il fut saisi par sept ou huit agens de police, terrassé, conduit à la préfecture et jeté en prison. Il paraît qu’il avait été reconnu à la barrière, où il était signalé depuis longtemps.

Dans la nuit même de son arrestation, il avait été interrogé par le préfet de police. Dès ce premier interrogatoire, Santa-Rosa avait reconnu son vrai nom et exprimé des sentimens qui avaient fait une vive impression sur le fanatique, mais honnête M. de Laveau. Il avait repoussé avec indignation l’accusation d’être mêlé à des machinations contre le gouvernement français ; il avait déclaré qu’il était absolument étranger à tout ce qui se passait en France, et que son tort unique et involontaire était d’être à Paris sous un autre nom que le sien. Interrogé sur ses relations à Paris, il m’avait nommé comme le seul ami qu’il y eût ; il avait demandé comme une grace qu’on ne me mêlât point à cette affaire, et qu’on m’épargnât une visite domiciliaire qui pouvait être funeste à ma santé, offrant lui-même tous les renseignemens qui lui seraient demandés, et même toutes les réparations les plus sévères, plutôt que d’exposer celui qui lui avait donné l’hospitalité. Le mot d’extradition ayant été prononcé, Santa-Rosa avait paru accepter son sort avec cette fierté simple qui ne manque jamais son effet. Il n’avait paru inquiet que d’une seule chose, les suites que toute cette affaire pourrait avoir sur ma santé.

Pendant que ceci se passait à la préfecture de police, moi, j’étais dans mon lit, couvert de sangsues, et dans le plus triste état. Le lendemain, entre quatre et cinq heures du matin, j’entends sonner avec force à ma porte, et tout à coup se précipitent dans ma chambre cinq ou six gendarmes déguisés, ayant à leur tête un commissaire de police qui, montrant son écharpe, me signifia au nom du roi qu’il avait l’ordre de faire une perquisition dans mes papiers. Je ne sus pas d’abord ce que cela voulait dire, et ce fut seulement à la fin de la perquisition, dont tout le résultat fut de leur faire découvrir des notes sur Proclus et sur Platon, que le commissaire m’apprit que j’étais recherché à cause de Santa-Rosa, arrêté la veille en sortant de chez moi. Frappé de cette nouvelle comme d’un coup de foudre, je me transportai immédiatement chez M. de Laveau, et je lui demandai pourquoi, s’il accusait de complot contre le gouvernement français un homme qui ne connaissait que moi à Paris, il ne m’avait pas mis moi-même en arrestation, ou, s’il n’osait aussi m’accuser de conspiration, pourquoi il s’en prenait à un homme qui n’avait rien pu