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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/654

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toute lumière ! Il n’est pas permis de faire le mal dans, l’espérance du bien ; vous n’êtes pas sûr de renverser plus tard MM. de Corbière et Villèle, et vous êtes sûr de faire le mal en leur livrant le pouvoir. — Pour moi, si j’étais député, j’essaierais de donner de la force au ministère Richelieu contre la cour et le côté droit. Mon opinion était celle de Santa-Rosa. Elle ne prévalut pas, et ce jour-là il fut commis une faute qui a pesé sept ans, sur la France. Le ministère Richelieu fut renversé, MM. de Corbière et Villèle arrivèrent au pouvoir, et ; ils y demeurèrent jusqu’en 1827.

Mais les mauvais jours s’avançaient pour la France. Quand le ministère de M. de Villèle eut remplacé celui de M. de Richelieu, la faction qui occupait le pouvoir, en même temps qu’elle attaquait en France, une à une, toutes les libertés et toutes les garanties, resserrait de plus en plus avec l’étranger son ancienne alliance, et les polices de Piémont et de France s’entendirent pour poursuivre et tourmenter les réfugiés. Ils étaient à Paris sous des noms supposés, et en général : ils vivaient tranquilles et retirés. La nouvelle police, dirigée par MM. Franchet et de Laveau, se fit une religion de satisfaire les ressentimens et les peurs de la cour de Turin ; au lieu de surveiller, ce qui était son devoir et son droit, elle persécuta. Santa-Rosa reçut l’avis que la police était sur ses traces et qu’on voulait l’arrêter ; Une fois arrêté, il pouvait être livré au Piémont, et la sentence de mort rendue contre lui et ses amis pouvait être exécutée. — Je pensai qu’il fallait laisser passer le premier orage, et je ménageai à Santa-Rosa une retraite à Auteuil, dans la maison de campagne d’un de mes amis, M. Viguier. Nous nous y établîmes tous les deux, et y vécûmes pendant les premiers mois de 1822, ne recevant presque aucune visite, et ne sortant pas même de l’enceinte du jardin. Je continuais ma traduction de Platon, lui ses recherches sur les gouvernemens constitutionnels. C’est là, dans es longues causeries des soirées d’hiver, que Santa-Rosa me raconta toute sa vie extérieure et intérieure, et la parfaite vérité, ou, si l’on peut s’exprimer ainsi, le dessous des cartes de la révolution piémontaise.

Il était né le 18 novembre 1783, à Savigliano, ville du Piémont méridional, d’une bonne famille, mais dont la noblesse était récente. Son père, le comte de Santa-Rosa, était un militaire qui fit les premières guerres du Piémont contre la révolution française, et emmena avec lui à l’armée son fils Sanctorre, dès l’âge de neuf à dix ans. Si le père eût vécu, la carrière du fils était décidée ; mais le comte de Santa-Rosa fut tué à la bataille de Mondovi, à la tête du régiment