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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/635

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à l’agriculture, quelle était la richesse de son sol, la beauté de ses forêts, la salubrité de son climat ; quelles facilités offrirait pour le commerce intérieur le nombre des cours d’eau qui l’arrosent, et combien les ports multipliés du littoral seraient avantageusement situés pour le commerce maritime, si l’Espagne se relâchait un peu de son système d’exclusion ou si la cause de l’indépendance triomphait au Mexique. Il y avait déjà long-temps que les citoyens de la Louisiane traversaient le Texas dans toute sa largeur pour se rendre dans les provinces septentrionales de la Nouvelle-Espagne. Réunis pendant quarante ans, sous la même domination, les Français de la Louisiane et les Espagnols du Mexique s’étaient liés par des relations de commerce qui survécurent à la prise de possession de la première par les États-Unis. En 1805, M. de Humboldt vit au Mexique un certain nombre de personnes qui avaient fait ce long voyage, plus dangereux à cause des incursions des sauvages que difficile sous le rapport des obstacles naturels, et, avec sa sagacité ordinaire, il pressentit les infaillibles conséquences d’une pareille facilité de communications. Le caractère de la race anglo-américaine justifiait entièrement ces prévisions. Le gouvernement des États-Unis ayant renoncé, par le traité de 1819, à ses prétentions sur le Texas, un citoyen du Missouri, M. Moses Austin, entreprit l’année suivante d’établir, au milieu des Espagnols, une colonie de ses compatriotes par les voies pacifiques et légales, avec l’autorisation du cabinet de Madrid, et il y réussit ; car il obtint des autorités espagnoles une grande étendue de pays, à condition d’y amener trois cents familles de colons industrieux et professant la religion catholique. Puis il retourna au Missouri pour mettre ordre à ses affaires et prendre toutes les mesures convenables à l’effet de remplir le plus tôt possible les conditions qui lui étaient imposées. Mais l’exécution de ce dessein était réservée à son fils. Moses Austin étant mort subitement au milieu de ses préparatifs, M. Stephen Austin prit sans hésiter la direction de l’entreprise, et eut bientôt engagé, dans les états de la Louisiane, du Missouri et du Tennessee, un nombre considérable de colons, avec lesquels il se transporta au Texas. Sur ces entrefaites eut lieu la révolution qui sépara le Mexique pour jamais de la couronne d’Espagne. M. Stephen Austin demanda au gouvernement d’Iturbide la confirmation des concessions faites à son père en 1821, et l&rsquo ; établissement définitif de la colonie se trouva ainsi réalisé.

Cette émigration de quelques familles de l’ouest des États-Unis au-delà de la rivière Rouge fut à peine remarquée à l’époque où