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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/617

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pour la construction d’une autre scierie à vapeur, sur la rive opposée du Bayou, et pour ainsi dire dans l’eau. A mon départ de Houston, ses affaires allaient très bien, et la compagnie faisait même la banque avec succès.

Après le San-Jacinto, en allant de l’est à l’ouest, on rencontre le Rio-Brazos, un des plus grands fleuves du Texas. Le pays qu’il traverse peut être considéré comme le berceau de la nouvelle population texienne et le principal foyer de sa vie politique. Le Brazos est sur bien des points aussi large que la Seine au Pont-Royal ; son cours a plus de 500 milles de longueur, et dans la saison des grandes eaux il est navigable à plusieurs centaines de milles au-dessus de son embouchure. Ses rapides, situés à quatre milles au-dessous de San-Felipe de Austin, sont les seuls obstacles sérieux qu’il oppose à la navigation. Ce qui leur donne naissance, c’est un changement de nature dans le lit du fleuve, qui acquiert alors plus de pente, et coule, dans un espace de quelques cents pas, sur des blocs de grès de formes inégales. Les basses eaux mettent ce grès à nu de distance en distance, et les petits canaux qui subsistent entre les blocs découverts ne sont ni assez profonds ni assez larges pour permettre aux bateaux à vapeur de s’y hasarder. Mais comme la pierre qui compose ces blocs se divise très facilement, je crois qu’il serait possible de les faire disparaître, et de rendre le Brazos navigable en tout temps. Le sol de la vallée de ce fleuve est d’une fertilité merveilleuse ; aussi les Anglo-Américains avaient-ils fondé sur ses bords leurs premiers établissemens. Il présente en beaucoup d’endroits une singularité assez commune dans cette partie de l’Amérique du Nord, c’est une teinte rouge qui se communique souvent non-seulement au Brazos, mais à d’autres cours d’eau, et qui les a fait appeler par les anciens voyageurs rivière Rouge et Rio-Colorado. Ce dernier nom désigne à la fois un fleuve du Texas et un fleuve de la Californie. Il existe aussi, entre le Rio-Trinidad et le haut Brazos, un vaste territoire que les colons ont appelé red lands (terres rouges), de la couleur de son sol ; à l’extrémité septentrionale du golfe de Californie, on trouve d’autres terres rouges, dont parlent les anciennes chroniques des Mexicains, qui s’y arrêtèrent dans leur migration vers le midi, et furent frappés de ce phénomène. Il a fallu des causes géologiques d’une grande étendue et d’une grande puissance pour que cette curieuse anomalie embrasse une si large zone sur le continent américain. Voici l’opinion que je m’en suis faite, et qui se rattache à un évènement dont je fus témoin. Le 22 juin 1838, l’eau du Brazos