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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/600

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car, tout en boudant la liberté et le progrès, on sait qu’il n’y aurait rien à gagner, même pour la Russie, à passer de la bouderie à l’animosité, et de l’animosité à la guerre. De la froideur et de la stricte politesse, voilà nos rapports. Cela suffit. L’amitié reviendra le jour où, la Russie reprenant son mouvement européen, son gouvernement lui-même éprouvera le besoin de relations plus intimes avec la nation la plus civilisatrice de l’Europe.

La Suisse est le théâtre de nombreux incidens qui, peu importans chacun en soi, ont cependant un caractère commun et montrent une tendance générale digne de remarque. Les divers élémens religieux, géographiques, de langue, de race, dont se compose la confédération suisse, tendent à s’isoler et à repousser tout mélange avec les élémens contraires. C’est une crise de la maladie qui mine l’existence de toutes les confédérations, et plus particulièrement de celles qui, comme la Suisse, sont presque entièrement dépourvues de pouvoir central. La France n’a point à se mêler des affaires de l’Helvétie, mais elle ne doit cependant pas les perdre de vue. La Suisse occupe une position stratégique si importante pour nous, et couvre de son territoire une si grande partie de nos frontières, que nous avons droit de nous assurer qu’elle ne compromettra pas par une dissolution intérieure sa neutralité.

La querelle de l’Angleterre avec la Chine paraît devenir de plus en plus sérieuse. Les hostilités ont commencé, et l’Angleterre prépare une expédition dont la mort de l’amiral Maitland retardera quelque peu le départ. Il sera facile à l’Angleterre de brûler les jonques chinoises qui oseraient tenir la mer, et d’occuper quelques lisières du vaste empire. Ces succès suffiront-ils pour contraindre à demander la paix un gouvernement orgueilleux et barbare, qui ne tient aucun compte des souffrances et des pertes auxquelles il expose une faible partie de son immense population ? Nul ne peut le dire. Si la guerre se prolongeait, s’il fallait envoyer des forces considérables et marcher dans l’intérieur de l’empire, les dépenses de cette guerre lointaine seraient difficilement compensées par les bénéfices de l’expédition.

En même temps la Russie, par son expédition de Khiva, paraît avoir jeté quelques alarmes dans l’Inde anglaise. La force des choses pousse l’Angleterre et la Russie à se rapprocher de plus en plus sur le territoire asiatique, près de cet immense empire indien que les Anglais regardent avec raison comme un des principaux fondemens de leur puissance. Le jour du choc n’est pas encore arrivé, mais il est certain pour tous désormais que ce jour arrivera, et que le choc sera terrible. Cette prévision, cette certitude, ne rendent pas facile l’intime et cordiale union qu’on se plaît à imaginer entre le cabinet de Saint James et celui de Saint-Pétersbourg.

Le ministère anglais est sorti vainqueur de l’épreuve du scrutin ; au lieu de dix à douze voix de majorité, il s’en est trouvé vingt. Nous nous félicitons de ce succès. Indépendamment des services que le ministère Melbourne et Russel peut encore rendre à l’Angleterre pour le développement régulier et graduel des réformes qu’elle réclame, il n’est pas à désirer, dans l’état actuel des affaires, qu’un changement de personnes dans le cabinet et de parti dirigeant