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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/599

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était dans ce moment de la plus haute importance pour la Russie. En attendant, le ministre de France à Stockholm est à Paris, et les affaires de la légation se trouvent confiées à un secrétaire.

M. le comte Bresson, notre ministre à Berlin, est sur le point de retourner à son poste.

La Grèce est aussi un théâtre, de complots et d’intrigues. Triste exemple de la faiblesse des gouvernemens imposés par l’étranger ! Singulière pensée que de faire d’un Bavarois le roi des Grecs ! Mais, puisqu’il en est ainsi, qu’on songe du moins à lui donner un peu de force, un peu de consistance, et par là un peu d’avenir ; qu’on ne le laisse pas en proie aux intrigues les plus subalternes et les plus funestes pour la Grèce elle-même. C’est encore un de ces points où la France et l’Angleterre, n’agissant pas dans un parfait accord, manquent à leurs vrais intérêts.

Il a été fort question ces derniers jours d’une note que le représentant russe à Paris aurait remise à notre ministre des affaires étrangères, au sujet des bruits qui auraient circulé à la suite de l’arrestation de M. Durand, rédacteur du Capitole. M. de Medem aurait reçu de son gouvernement l’ordre de déclarer au maréchal Soult que le gouvernement russe exigeait que l’on publiât les papiers qu’on prétendait avoir trouvés chez M. Durand, et qu’on rendît publiques les accusations malveillantes contre la Russie. Quant à nous, il nous a été impossible de croire qu’une note de cette teneur ait pu être remise par M. de Medem, et reçue par M. le maréchal Soult. La Russie exigeant à Paris qu’on publie des pièces d’une procédure ! Encore une fois, cela était trop ridicule pour que cela fût possible. Si le représentant russe avait pu oublier à ce point les formes du langage et la signification des mots, M. le président du conseil se serait sans doute empressé de lui renvoyer sa note avec un exemplaire du Dictionnaire de l’Académie française.

Au surplus, il arrive pour nos rapports avec la Russie ce qui est arrivé au sujet de nos rapports avec l’Angleterre. On se plaît à nous représenter en lutte ouverte avec les grandes puissances. L’Angleterre, disait-on, avait répudié notre alliance ; quelques jours encore, et nous devions être en guerre avec la Grande-Bretagne. La Russie, à son tour, ne laisserait échapper aucune occasion de nous témoigner formellement, officiellement, son aversion et ses tendances anti-françaises. Cette seconde supposition est aussi exagérée que l’était la première. L’Angleterre n’a point brisé l’alliance française, et la Russie ne met aucune aigreur dans ses communications officielles avec notre gouvernement et nos agens diplomatiques. M. de Barante n’éprouve ni refus ni retard, lorsque des faits graves, des démarches hostiles à la France, l’obligent à demander l’éloignement de quelque Français, fût-il un légitimiste. L’empereur, il est vrai, ne nous aime pas, nous France nouvelle, nous révolution et dynastie de juillet, et sans doute la politique russe se subordonne dans une certaine mesure aux préjugés personnels de l’autocrate. C’est la vieille Russie laissant de nouveau croître sa barbe ; c’est une halte dans la marche commencée sous Pierre-le-Grand. Peu importe à la France et à l’Europe ;