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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/535

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de Baldovino ! Si on examine de près ces chefs-d’œuvre, on est séduit, on prend en aversion l’Italie et sa littérature des deux derniers siècles, on est tenté de faire du fédéralisme avec ces patois si indisciplinés, mais si ingénieux et si adroits à profiter de leurs avantages. C’est pour résister à cette tentation que les écrivains du XVIe siècle se sont isolés des villes italiennes au point d’oublier le peuple et ses traditions ; ils ont fait main basse sur toutes les municipalités, parce qu’ils poursuivaient avec la logique instinctive de la poésie ce but d’unité nationale que méditait Machiavel dans son Prince. La vieille Italie du moyen-âge mourait méprisée dans les provinces ; mais la nouvelle Italie, prophétisé par Dante, se révélait pour la première fois dans leurs poèmes. Ainsi l’étude des patois, comme toutes les autres études qu’on peut entreprendre sur l’Italie, nous ramène à l’admiration du siècle de Léon X ; les écrivains de cette époque sont au-dessus de toute atteinte ; la critique, en voulant fronder, ne fait que justifier ce qu’elle appelle leurs défauts. Si on fouille dans les patois qui ont travaillé en sous-œuvre contre la littérature du XVIe siècle, on est étonné de la domination de ces grands hommes ; si on interroge les révolutions modernes pour chercher un rôle à l’Italie, on est devancé par leurs prévisions.


J. FERRARI.