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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/515

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Marini : c’est à peine si, grace au patois, quelques scènes, où les mœurs plébéiennes triomphent de l’affectation de la pastorale italienne, méritent d’être sauvées de l’oubli.

En parcourant le recueil des ouvrages napolitains, on rencontre un petit volume de poésies imprimées en 1670, sous le pseudonyme de Sgruttendio. Ce poète, dont on ignore le véritable nom, passe pour le Pétrarque de Naples ; bien que le parallèle ne puisse être pris au sérieux, Sgruttendio étonne par la verve de ses chansons. Il écrivit plusieurs mattinate, espèces de danses chantées qui rappellent confusément la pyrrhique des anciens, et dont les chants traditionnels du peuple ont probablement fourni les développemens. Ce sont des vers remplis de hurlemens, d’exclamations, d’apostrophes, de mots intraduisibles, qui peignent le tourbillon de la danse. Cette poésie nous montre le lazzarone dans toute sa rudesse native, sortant du cabaret, et appelant à grands cris toutes les filles de la rue ; on le voit pirouetter et gambader ; il chante sa maîtresse, il invoque une Lucie imaginaire qui préside à la danse, il demande du vin, il imite le chant du coq. Toutes ces extravagances, qui se pressent dans les mattinate de Sgruttendio avec la rapidité de l’éclair, jettent le lecteur dans un étourdissement indéfinissable. Redi, l’auteur du meilleur dithyrambe italien, n’a pas dédaigné d’imiter Sgruttendio. Il n’y a pas dans la langue italienne une seule chanson populaire qui vaille les mattinate. Malheureusement Sgruttendio avait la manie de parodier Pétrarque ; il avait l’imagination tant soit peu ordurière, et il écrivit une foule de sonnets qui ne répondent pas à l’élan lyrique de ses chansons.

La littérature napolitaine commence à déchoir après Basile, Cortese et Sgruttendio. Crescimbeni, Gravina, Metastasio et d’autres écrivains assurent le triomphe de la littérature nationale ; l’influence française s’étend en Italie, les mœurs changent, et le patois napolitain perd beaucoup de sa verve et de sa fécondité. C’est à peine s’il reparaît avec un peu d’éclat dans quelques passages isolés, dans quelques traits libertins. Le plus célèbre représentant de la poésie napolitaine au XVIIIe siècle, Capasso, a laissé des sonnets, des épigrammes, une satire contre Gravina, une traduction de sept chants de l’Iliade. On assure qu’il s’est admirablement servi du patois ; sa traduction d’Homère passe aussi pour un chef-d’œuvre ; ses compatriotes savent par cœur ses épigrammes ; cependant Capasso ne peut être compris ni jugé hors de Naples. Il est malheureux dans le choix de ses sujets ; évidemment il est dérouté par les nouvelles influences classiques ; il a perdu de vue ses trois devanciers. Ne sachant plus que faire de sa verve et de son patois, il traduit Homère et se déchaîne contre Gravina. Mais le moyen de s’intéresser à des parodies publiées avec un texte grec en regard ?

Chez les autres poètes du XVIIIe siècle, la poésie napolitaine est encore plus vide. Lombardi, qui est peut-être le meilleur d’entre eux, écrivit un poème sur les Anes de Gragnano. Vers la fin de l’âge d’or, l’Abondance s’enfuit de la terre ; la Discorde et la Guerre établissent leur règne parmi les hommes et parmi les animaux. Les ânes de Gragnano, assaillis par les autres bêtes, songent