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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/51

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PAULINE.

mière et de pureté dont la céleste image la préserverait de toute mauvaise pensée. Pauline s’était habituée à poser devant Laurence comme une madone, et recevoir d’elle désormais un avertissement maternel lui paraissait un outrage. Elle en fut humiliée et même courroucée à ne pouvoir dormir. Cependant le lendemain elle vainquit en elle-même ce mouvement injuste, et la remercia cordialement de sa tendre inquiétude ; mais elle ne put se résoudre à lui avouer ses sentimens pour Montgenays.

Une fois éveillée, la sollicitude de Laurence ne s’endormit plus. Elle eut un entretien avec sa mère, lui reprocha un peu de ne pas lui avoir dit plus tôt ce qu’elle avait cru deviner, et, respectant la méfiance de Pauline, qu’elle attribuait à un excès de pudeur, elle observa toutes les démarches de Montgenays. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour s’assurer que Mme S… avait deviné juste, et trois jours après son premier soupçon elle acquit la certitude qu’elle cherchait. Elle surprit Pauline et Montgenays au milieu d’un tête-à-tête fort animé, feignit de ne pas voir le trouble de Pauline, et dès le soir même elle fit venir Montgenays dans son cabinet d’étude, où elle lui dit : — Je vous croyais mon ami, et j’ai pourtant un manque d’amitié bien grave à vous reprocher, Montgenays. Vous aimez Pauline, et vous ne me l’avez pas confié. Vous lui faites la cour, et vous ne m’avez pas demandé de vous y autoriser.

Elle dit ces paroles avec un peu d’émotion, car elle blâmait sérieusement Montgenays dans son cœur, et la marche mystérieuse qu’il avait suivie lui causait quelque effroi pour Pauline. Montgenays désirait pouvoir attribuer ce ton de reproche à un sentiment personnel. Il se composa un maintien impénétrable, et résolut d’être sur la défensive jusqu’à ce que Laurence fît éclater le dépit qu’il lui supposait. Il nia son amour pour Pauline, mais avec une gaucherie volontaire, et avec l’intention d’inquiéter de plus en plus Laurence.

Cette absence de franchise l’inquiéta en effet, mais toujours à cause de son amie, et sans qu’elle eût seulement la pensée de mêler sa personnalité à cette intrigue.

Montgenays, tout homme du monde qu’il était, eut la sottise de s’y tromper, et, au moment où il crut avoir enfin éveillé la colère et la jalousie de Laurence, il risqua le coup de théâtre qu’il avait longtemps médité, lui avoua que son amour pour Pauline n’était qu’une feinte vis-à-vis de lui-même, un effort désespéré, inutile peut-être pour s’étourdir sur un chagrin profond, pour se guérir d’une passion