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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/426

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d’une solution plus ardue que celles qui résultent des projets de lois sur la conversion de la rente, le renouvellement du privilège de la Banque, l’indemnité réclamée pour le sucre indigène, le système des retraites, la réorganisation du conseil d’état et la liberté de l’enseigneraient secondaire. Dans la disposition actuelle des esprits, avec le fractionnement et l’indiscipline de toutes les opinions, il est impossible qu’en face de tels problèmes des échecs nombreux ne signalent pas la campagne qui vient de s’ouvrir. Si ces échecs ne sont pas une cause de mort, ils amoindriront de plus en plus un corps déjà bien faible par lui-même ; ils inciteront à poser le problème de savoir si un cabinet dépourvu des principales influences parlementaires et d’une haute direction politique peut fonctionner régulièrement, quelle que soit la valeur incontestée de plusieurs d’entre ses membres. Ce problème ressort de l’esprit même du gouvernement représentatif : les circonstances peuvent retarder sa solution, mais rien ne saurait faire qu’il ne soit incessamment posé.

Gouverner par l’ascendant de la parole et de la renommée, agir en vertu d’une pensée qui vous soit propre et dont vous soyez en mesure de défendre la responsabilité, ce sont là, ce me semble, monsieur, les premières conditions de ce gouvernement parlementaire que la France s’est décidée, pour parler le langage de l’adresse, à chercher à travers tous les hasards d’une révolution. Mais en proclamant ces principes, ne dissimulons pas les faits et soyons justes pour tout le monde. Reconnaissons qu’il n’y a pas moins en ceci de la faute de la chambre que de celle du cabinet, et qu’il est au moins difficile d’organiser un gouvernement dans des conditions normales et permanentes, lorsqu’il y a si peu d’hommes politiques groupés autour d’un centre commun. Quel est le personnage éminent dont le nom servît de lien à une majorité compacte, quel est celui qui n’écarterait pas des suffrages au lieu d’en rallier ? A cet égard il faut bien reconnaître que le ministère exprime une mauvaise situation sans en être précisément la cause, et qu’il subit l’empire de circonstances auxquelles il serait difficile à tout autre de se dérober. Réunir une majorité, la grouper autour d’idées nouvelles et fécondes, si faire se peut, associer des hommes nouveaux aux influences anciennes, préparer enfin l’avenir sans compromettre le présent, tel sera le programme de cette session, dont j’aurai soin comme la Revue l’a déjà fait pour les sessions antérieures, d’esquisser pour vos lecteurs les phases principales, avec le désintéressement d’un spectateur qui ne voit que de la galerie, mais qui croit voir juste.