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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/424

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Quoi qu’il en soit, si l’opposition a fait une faute immense, le ministère en a profité, et la réforme électorale lui servira à défrayer la session. Des questions plus graves s’élèveront sans doute, et au premier rang je place celles qui tiennent à nos relations diplomatiques, que l’hostilité d’une grande puissance et la froideur d’une autre compromettent de plus en plus. Les propositions itérativement adressées par la Russie à l’Angleterre, l’accueil qui leur serait fait par la majorité du cabinet britannique, la réserve de l’Autriche, qui, tout en reconnaissant la justice de nos prétentions et la sagesse de notre plan dans la question orientale, se refuse à le seconder, tout cela prépare pour l’avenir des péripéties bien inattendues au dedans comme au dehors.

On ne saurait se dissimuler que ce côté de la question acquiert d’heure en heure plus de gravité, et que si l’évènement éclate, il emportera un ministère trop faiblement constitué pour puiser un accroissement de force dans cette épreuve décisive.

J’ai raisonné d’abord en ne tenant compte que des dispositions de la chambre, et je crois les avoir exposées dans toute leur vérité. Livrée à ses impulsions seules, la chambre supportera le cabinet et ne fera rien ou presque rien pour le renverser ; mais si au lieu d’un horizon pâle et terne, un prochain avenir nous prépare un ciel orageux, qui pourrait douter qu’elle ne se sentît soudain placée en présence de devoirs tout nouveaux ? Un cabinet sous l’administration duquel se serait consommé l’acte le plus inattendu aussi bien que le plus fatal à la France, un cabinet qui, dans la plus importante négociation entamée depuis 1830, se verrait contraint de rappeler brusquement nos ambassadeurs des deux principales résidences diplomatiques, et qui viendrait au sein du parlement notifier un traité qu’il se serait montré impuissant à prévenir, ce serait là une impossibilité devant le bon sens comme devant l’honneur national.

Ce jour-là, de grands devoirs commenceraient pour tous les hommes politiques, et à la manière dont ils sauraient les remplir, l’Europe jugerait en dernier ressort de notre force et de la vitalité même de nos institutions. Le respect pour la France, si ce n’est le respect pour soi-même, suspendrait au moins dans ce jour décisif les querelles de vanité et les questions de préséance, et l’on saurait bien faire quelques sacrifices au pays, à l’instant où il s’agirait pour lui d’être ou de n’être pas.

Ce n’est pas qu’il y ait trop à s’effrayer de l’isolement qui nous serait imposé par deux ambitions rivales momentanément réunies.