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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/411

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tiques sont fondés sur le principe de contradiction qui n’est point empirique ; secondement, les jugemens synthétiques à priori ne peuvent dériver de l’expérience. Restent les jugemens synthétiques à posteriori dont la certitude vient de l’expérience. Encore pourrait-on le contester quand ces jugemens sont généraux, c’est-à-dire quand ils concluent par induction des cas observés aux cas observables, car cette induction repose sur le principe de la stabilité des lois de la nature qui n’est point donné par l’expérience.

S’il n’est pas vrai que toutes nos connaissances dérivent de l’expérience, il n’est pas moins faux que tous nos jugemens soient soumis à la loi d’identité ; car, pour cela, il faudrait que, dans les jugemens synthétiques à priori ou à posteriori, les deux termes du rapport fussent identiques, c’est-à-dire que, l’un étant donné, l’autre le fût logiquement. Or, comment prouver qu’on ne peut avoir la conception de corps sans avoir celle de pesanteur ? Comment prouver que l’idée de changement renferme logiquement celle de cause ? Ni les jugemens synthétiques à priori, ni les jugemens synthétiques à posteriori n’expriment un rapport d’identité. Loin donc que tous nos jugemens soient soumis à la loi d’identité, on ne peut ramener à cette loi qu’un seul des trois ordres de nos jugemens, les jugemens analytiques.

Chose singulière, la philosophie sensualiste, qui admet que toutes nos connaissances dérivent de l’expérience, admet en même temps que tous nos jugemens sont soumis à la loi d’identité. Elle prend pour point de départ unique en psychologie les jugemens synthétiques à posteriori, les jugemens d’expérience, et, lorsqu’elle en vient à la logique, elle donne pour fondement à cette logique, le principe d’identité ou de contradiction. Mais de deux choses l’une ou le principe de contradiction dérive de l’expérience, ou on est obligé de lui donner une autre base. S’il dérive de l’expérience, il est frappé d’un caractère de contingence et de variabilité, et alors la logique du sensualisme ne repose plus sur la nécessité, elle est variable comme la sensation elle-même, en d’autres termes elle n’est plus une logique. Si l’on maintient au contraire que le principe d’identité n’est pas contingent, mais nécessaire, afin de pouvoir servir de fondement à la logique, le sensualisme est dans l’impuissance de concilier ce principe avec la psychologie, il ne peut tirer le nécessaire du contingent, il est forcé d’admettre dans ses développemens des élémens qu’il rejette à son point de départ. La philosophie de Kant a