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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/407

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forme pas par morceaux et en détail, elle s’introduit pleine et entière dans l’intelligence. Mille et mille généralisations successives n’engendrent pas la nécessité, elle en diffère d’une absolue différence. Le jugement que tout changement a nécessairement une cause est donc un jugement qui ne repose pas sur l’expérience, c’est un vrai jugement à priori.

Eh bien ! même dans les connaissances à priori, ainsi dégagées de toutes les autres, il faut encore distinguer. Il y a d’abord des principes qui sont appelés à juste titre à priori, puisqu’ils n’ont pas leur fondement dans l’observation, mais où se mêle néanmoins un élément que l’observation a donné ; tel est ce principe : tout changement a nécessairement une cause. Il ne doit rien à l’expérience, quant, à sa certitude, mais il renferme la notion de changement, à l’occasion de laquelle l’esprit conçoit la notion de cause, et cette notion de changement est évidemment empruntée à l’expérience. Le principe de causalité, bien que principe à priori, renferme donc un élément empirique. Mais il y a des principes à priori absolument (schlechterdings) indépendans de toute expérience, et qu’à cause de cela Kant appelle purs (reine) tels sont les principes mathématiques.

Or, s’il est vrai qu’il y ait dans l’intelligence des connaissances pures à priori, il importe avant tout de rechercher les caractères de ces connaissances. Kant les réduit à deux, la nécessité et l’universalité. Il les avait déjà indiqués, ici il les détermine avec plus de rigueur. L’expérience nous dit ce que sont les choses, mais non ce qu’elles ne peuvent pas ne pas être ; elle nous dit ce que les choses sont dans le moment de l’observation et dans le lieu où nous sommes, mais non ce qu’elles sont dans tous les temps et dans tous les lieux. L’universalité et la nécessité sont donc les caractères propres des connaissances pures à priori. Où manquent ces caractères, il est aisé de reconnaître les connaissances à posteriori. Toute connaissance fondée logiquement sur l’expérience est contingente ; elle peut avoir une généralité de comparaison et d’induction, mais jamais une universalité absolue. En énonçant une loi empirique, vous vous bornez à affirmer que jusqu’ici on n’y a pas remarqué d’exception ; mais vous ne pouvez pas prononcer qu’elle n’a jamais souffert ni ne souffrira jamais d’exception, encore bien moins qu’elle n’en peut pas souffrir.

La faculté en nous à laquelle se rapportent les principes marqués des caractères d’universalité et de nécessité, les principes purs à priori, est la raison (Vernunft), et la raison pure. L’étude approfondie