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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/404

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y a aussi l’idée non pas d’un meurtrier en général, mais de tel ou tel meurtrier, qu’il s’agit de découvrir. Voilà des élémens incontestables, et qui cependant peuvent varier à l’infini, car il y a un grand nombre d’assassinats qui tous se distinguent les uns des autres par mille circonstances diverses.

Mais n’y a-t-il pas autre chose dans cette proposition : ce meurtre suppose un meurtrier ? Il n’est pas difficile d’y discerner encore ce principe général que couvrent les élémens particuliers, mais qu’ils ne contiennent pas, à savoir, tout meurtre suppose un meurtrier, principe qui lui-même se rapporte à ce principe plus général encore, et au-delà duquel il n’est plus possible de remonter : tout accident suppose une cause de cet accident. C’est là le fond même de la proposition en question. Niez ce principe, et vous pourrez consentir à ne point rechercher un meurtrier lorsqu’aura lieu un meurtre. Mais cela n’est pas possible. Le caractère de cet élément nouveau est de ne pas varier avec la foule des circonstances qui font varier sans cesse les autres élémens ; celui-là est invariable et toujours le même.

Cette distinction est réelle. Kant, dans sa passion pour la rigueur et l’exactitude de l’expression comme des idées, l’a marquée par deux mots bizarres, mais énergiques, renouvelés du péripatétisme et de la scholastique. Dans la proposition en question, et dans toute proposition semblable, il appelle les élémens particuliers variables et accidentels, la matière (materie) de la connaissance, et il donne le nom de forme (forme) à l’élément général et logique.

Ainsi il y a dans la connaissance un élément emprunté aux circonstances, et un autre qui n’y est pas emprunté, mais qui s’y ajoute, pour fonder la connaissance. La matière de la connaissance nous est fournie par le dehors et par les objets extérieurs ; la forme vient de l’intérieur, du sujet même capable de connaître. D’où il suit que la connaissance, qui se distingue en matière et en forme, peut se distinguer aussi en subjective (subject, subjectiv, subjectivitat), et objective (object, objectiv, objectivitat) ; connaissance subjective, c’est-à-dire qui vient du sujet et de la forme qu’il imprime à la connaissance, par le seul fait de son intervention dans la connaissance, — et connaissance objective, c’est-à-dire qui naît de l’extérieur, des circonstances et de la relation du sujet à ses objets. Dans cette proposition : il faut une cause à l’univers ; — il faut une cause, voilà la partie subjective, la forme de la connaissance ; — l’univers, voilà la partie objective, la matière de la connaissance.

La conséquence de cette distinction est de la plus haute impor-