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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/377

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entrée dans une carrière nouvelle ; ce n’est plus de son organisation politique qu’elle se préoccupe ; avec le monde entier, elle aspire à un plus haut degré et à une forme nouvelle de développement moral et de prospérité matérielle.

Ce n’est donc qu’aujourd’hui que la révolution de 1789 est entrée dans le domaine de l’histoire. Aujourd’hui seulement on peut dire : Elle a été ; on peut aujourd’hui l’embrasser tout entière, remonter à ses sources et en suivre le cours dans toutes ses sinuosités et dans tous ses détours. Aujourd’hui seulement il devient possible de l’envisager sans émotion et de la juger avec impartialité. L’historien n’est plus un combattant. Il a sans doute ses principes, ses tendances, ses préférences ; mais il est moins enclin qu’il n’aurait été, il y a quelques années, à faire de l’histoire un moyen de guerre, à l’offrir aux lecteurs de son opinion comme un bouclier ou comme une arme offensive. Pouvait-il en être autrement lorsque la révolution était encore menacée dans son principe, incertaine dans ses résultats ? Aurait-on pu désirer qu’il en fût autrement en présence du danger, en face de l’ennemi, lorsqu’il importait avant tout à la liberté, au progrès, à la dignité du pays, d’atteindre le but dont la révolution n’était que le moyen, de garantir à la France les résultats d’un long travail, d’une élaboration séculaire ?

La restauration vit paraître, peut-être est-il plus exact de dire qu’elle fit naître deux ouvrages historiques qui sont dans les mains de tout le monde. Ce que tout le monde ne sait pas, ce que les deux écrivains ont négligé de rappeler au public, c’est que ces deux livres, d’une si rare maturité de talent, étaient l’ouvrage de deux jeunes hommes qui n’avaient pas encore atteint ou accompli leur vingt-cinquième année. Et cependant on retrouve dans le livre de M. Mignet cette pensée ferme, cet esprit de généralisation et de synthèse, ces formes nettes et arrêtées qui paraissent le partage de l’âge mûr et d’une longue expérience. Il est beau, à vingt-cinq ans, de rappeler Salluste. M. Thiers, avec sa manière plus libre, plus large, paraît jouer avec les difficultés du sujet. Évidemment l’œuvre se modifiait à mesure que l’artiste, avec son esprit vif et perçant, voyait ces immenses catastrophes se développer devant ses yeux, et tous ces hommes si ardens, si puissans, si dévoués, si coupables, retracer à son imagination brillante et fidèle le drame de la révolution. M. Mignet nous a donné dans deux volumes ce qui paraissait alors l’histoire complète de la révolution, de 1789 à 1814. M. Thiers, après avoir renfermé dans un seul volume l’histoire des préliminaires de la