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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/355

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titre de doge quelqu’un de ces titres honorifiques dont les Grecs étaient si prodigues, comme ceux de seniores„sebasti, protosebasti, magistri militum, antipates [1].

Ces rapports de la république d’Amalfi avec les empereurs sont singuliers ; ils donnent l’idée la plus exacte du degré de faiblesse où l’empire grec était arrivé ; car, jusqu’à sa souveraineté, tout était imaginaire.

Le pouvoir du doge était fortement aristocratique, ces magistrats ne pouvant être choisis que dans la noblesse. Si quelquefois cependant on voit le fils succéder au père, ce n’est nullement par droit d’hérédité, mais à la suite d’intrigues, ou parce que le peuple, satisfait du gouvernement du père, voulait lui prouver sa reconnaissance en nommant le fils. Il paraîtrait, du reste, que les doges partageaient le pouvoir avec d’autres magistrats secondaires, car le jurisconsulte napolitain Freccia nous apprend que leur autorité n’était sans limites que pour ce qui concernait les affaires maritimes [2]. Les insignes des doges étaient le berret ou corno ducale, et la chlamyde. Leurs actes étaient scellés de l’antique sceau de plomb emprunté aux Lombards [3].

Mansone Fusile ou Foscolo, fils de l’un des derniers consuls, fut le premier doge, et cette sorte d’hérédité vient à l’appui du caractère aristocratique que nous avons attribué à l’installation du nouveau pouvoir. Mansone fut élu par le peuple en 897, Léon VI, dit le philosophe, étant empereur à Constantinople. En 914, après un règne de dix-sept ans, lorsqu’il eut assuré l’hérédité de sa charge à son fils Mastolo, il abdiqua, et, se retirant au monastère de la Cava, échangea le berret ducal contre le capuchon du moine [4].

Sous le gouvernement des doges, le système pacifique que la république avait habituellement suivi avec les Sarrasins fut complètement changé. Aux transactions succéda une guerre sans trêve, et, plus heureuse que les villes de Naples, de Gênes, de Tarente, de Pise, de Cumes et de Poestum, et que tant d’autres cités saccagées par les Africains, Amalfi, dont les galères couvraient la Méditerranée, inspira aux Sarrasins une si juste terreur, que leurs flottes n’osèrent pas même l’attaquer.

Dans cette longue suite de guerres, nous voyons les Amalfitains aider les princes de Capoue et les ducs de Naples à chasser du Garigliano la colonie militaire que les Sarrasins y avaient établie. Ce sont les habiles artisans de leurs galères qui imaginent de fortes et ingénieuses machines à l’aide desquelles on détruit les retranchemens des barbares. Après cette guerre, les milices d’Amalfi retournent dans leur ville chargées d’or et de butin [5]. Dans la Pouille, dans les Calabres, en Sicile même, les Amalfitains s’unissent aux Grecs et aux nationaux pour expulser cette race maudite (pessima pente), et pour les obliger à

  1. Capaccio, Rist. Neapol., tom. I, cap. xi. — Muratori, Dissert., 4.
  2. Freccia, de Offic. adm., lib. I, pag. 27.
  3. Chiocarello, Antist. Neapolit. eccles. catal., pag. 136.
  4. Manso dux Malfiae… ipse monachus quoque factus est. (Chron. Cavens.)
  5. Ubaldi, Chronic.