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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/352

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pape que menaçaient leurs flottes nombreuses. Les galères d’Amalfi attendent l’ennemi, rangées en avant du port d’Ostie ; là le pape Léon IV les bénit et donne la communion à chacun des soldats, qui sont vainqueurs sans même avoir combattu [1], car au moment où l’affaire va s’engager, une affreuse tempête s’élève et brise sur la côte voisine les vaisseaux des infidèles. Tous sont ou tués, ou noyés, ou faits prisonniers ; ce sont ces captifs d’Ostie qui bâtissent la partie des murailles de Rome qui entoure le Vatican, et le quartier de Trastevere, que l’on a nommé depuis cité Léonine (849). Après avoir secouru le pape, ces républicains viennent en aide à l’empereur Louis, en guerre contre les Napolitains, et délivrent l’évêque Athanase et d’autres partisans de l’empereur que le duc de Naples Sergius tenait captifs dans l’île de Salvador (aujourd’hui château de l’OEuf). Pour prix de leur concours, ils demandent à l’empereur l’île de Caprée qu’ils convoitaient depuis long-temps ; ce prince, sans s’inquiéter des droits que les ducs de Naples ou que l’empereur grec Basile pouvaient avoir sur cette île, en cède la propriété à ses partisans intéressés. Cette île resta plus de trois siècles au pouvoir des Amalfitains.

Toujours vaincus et toujours présens, les Sarrasins, battus à Gaëte, détruits à Ostie et chassés de Naples, où Sergius les avait appelés comme auxiliaires, vinrent dans l’année 874 assiéger Salerne, la voisine d’Amalfi, où régnait Guaifar, prince courageux et libéral. Les détails de ce siége sont pleins d’intérêt.

Un jour que le duc de Salerne sortait du bain et rentrait au palais, un Arabe se prosterna devant lui, et lui montrant du doigt sa riche coiffure : « Donne-moi le bonnet que tu portes, » lui dit-il avec une sorte de fervent désir [2]. Le prince, ce jour-là, était de belle et généreuse humeur ; il prit son bonnet et le donna au Sarrasin. Peu de temps après, cet homme retourna en Afrique. En débarquant, il vit la mer couverte d’une nombreuse flotte dont on pressait l’armement ; il interrogea les matelots et apprit qu’on destinait cette flotte à la conquête de Salerne. La reconnaissance est la première vertu des Orientaux. Consterné de ce qu’il venait d’apprendre, l’Arabe n’eut pas de repos qu’il n’eût prévenu Guaifar du danger qui le menaçait. En parcourant les bazars de la ville, il rencontra un marchand d’Amalfi, nommé Fluro, qui, à l’aide d’un sauf-conduit, faisait le commerce avec les Africains. L’Arabe lui promit tout ce qu’il possédait s’il voulait donner avis au prince de Salerne du péril qu’il courait. « Cette flotte que tu vois, lui dit-il, est destinée à assiéger sa ville ; c’est du côté du port qu’on doit l’attaquer, et c’est par l’endroit le plus faible de ses murailles que l’ennemi compte pénétrer. Avertis donc Guaifar et dis-lui d’élever deux fortes tours de ce côté-là. Tu doutes peut-être de la vérité de

  1. Ciacconi, Vit. pontif., tom. I. — Rinaldi, Eccles., tom. II, pag. 381. — Buccelin, annal. Benedict., an 849.
  2. Da mihi, obsecro, tegumentum quod in capite tuo geris, etc. (Anonym. Salern., cap. CXVIII.)