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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/313

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(libre penseur). Celui-ci n’est ni savant, ni profond. Il ne discute pas, il plaisante, il traduit en chansons les plaidoyers politiques de ses graves confrères, et formule par de vives et piquantes épigrammes les craintes ou les griefs de l’opposition.

Tels sont les principaux journaux de Copenhague. Cependant il faut y ajouter encore le Danskfolkblad (feuille du peuple danois). C’est le journal officiel d’une association nombreuse qui a pour but de répandre dans le pays des livres utiles et à bon marché. Cette feuille s’occupe surtout des intérêts matériels et du développement moral du peuple. Elle est écrite avec une sage réserve et une louable indépendance, et s’est distinguée plusieurs fois par d’excellens articles de science, d’industrie et d’économie politique.

Pour faire un tableau complet de la presse danoise, nous devrions citer encore quelques publications périodiques qui paraissent à Copenhague ; mais elles n’ont aucun caractère politique ou littéraire. Tel est par exemple le Politieven (ami de la police), qui ne s’occupe que du pavage des rues, ou de l’éclairage des places publiques ; le Havtidende, où l’on enregistre seulement les nouvelles de la navigation et du commerce, et le Collegial Tidende, qui publie les ordonnances des ministères et les arrêtés administratifs.

La science juridique, théologique, médicale, est représentée par des recueils spéciaux, peu nombreux, mais estimés. La littérature n’a que deux journaux le Portfolio, qui paraît tous les dimanches dans le format de la Revue de Paris, et la Revue mensuelle, rédigée dans de sévères principes de critique par M. Molbech.

La presse des provinces offre, dans un ordre d’idées secondaire, le même tableau que celle de la capitale. D’une part, ce sont d’anciens journaux privilégiés qui, depuis le moment de leur création, n’ont fait que copier, traduire ou répéter mot à mot les nouvelles du nord et du sud, sans se permettre d’y ajouter le moindre commentaire ; de l’autre, des journaux jeunes et pleins d’ardeur contrariés par la loi, entravés par l’administration, mais développant avec hardiesse leurs théories, et marchant droit à leur but. C’est là qu’est la force et le talent, c’est là qu’est la vraie vie politique du Danemark ; et, quand la presse de l’opposition demande à être sinon complètement affranchie, au moins quelque peu dégagée des chaînes qui l’embarrassent, elle parle au nom d’une population nombreuse dont elle a, dans un assez court espace de temps, éclairé l’opinion et conquis les suffrages. Hâtons-nous d’ajouter qu’il y a maintenant en Danemark un roi jeune, actif, intelligent, plein de sages et généreuses intentions, qui connaît les besoins du pays et saura, nous n’en doutons pas, réaliser toutes les espérances que son nom seul fait concevoir.

Passons maintenant le Sund. A quelques lieues de Copenhague, nous voici sur le sol de Suède, nous voici dans une contrée que la folie d’un roi descendant des Wasa avait entraînée au bord de l’abîme, et que la prudente administration d’un prince né sur la terre de France a relevée de son état d’affaissement. Ici, les finances sont en bon ordre, les dettes du royaume ont été acquittées, et le budget annuel indique un progrès constant dans la prospérité