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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/309

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Il y a quelques années, un spéculateur hardi essaya de lutter contre ce vieux monopole. Il publia une feuille d’annonces à deux tiers meilleur marché que la feuille privilégiée. On lui intenta un procès, et il fut condamné ; toutefois, immédiatement après son jugement, il continua sa publication, sous prétexte que le privilège de son concurrent ne s’étendait pas au-delà de Copenhague, et que lui avait le droit d’imprimer des annonces pour la banlieue et les provinces. Là-dessus nouveau procès, dont nous ignorons encore la décision. Les débats de cette affaire mirent en émoi tout le peuple de Copenhague ; les domestiques, les ouvriers, les gens du petit commerce, pour qui la création d’une feuille d’annonces à bas prix était une bonne fortune, se pressaient autour du tribunal où l’on discutait cette grave question, et la sensation produite par le jugement qui maintenait le monopole de l’ancien journal fut telle que, quand le terme de ce monopole viendra, on n’osera sans doute pas le renouveler.

Le plus ancien des journaux de Copenhague est le Berlingshe Tidende (ainsi appelé du nom de ses fondateurs). C’est une feuille quotidienne fort peu osée et fort inoffensive, qui se borne à enregistrer sans commentaire aucun les actes du gouvernement et à publier jour par jour un résumé succinct des nouvelles étrangères. La France est le seul pays sur lequel ce digne journal se permette de temps à autre de publier une nouvelle incertaine, ou une phrase qui frise légèrement l’opposition ; car nous ne pouvons invoquer auprès des puissances étrangères l’appui de la censure, puisqu’elles l’invoqueraient vainement pour elles-mêmes chez nous. Mais les ministres des diverses puissances de l’Allemagne, et surtout les ministres de Russie, semblent tenir entre leurs mains les ciseaux vengeurs, et, en fait d’articles de fonds sur leur pays, ils ne permettent guère que le panégyrique.

Le Berlingshe Tidende a seul le droit d’être expédié chaque jour par la poste aux lettres. Il a en outre le monopole des annonces judiciaires et administratives, ce qui lui donne un revenu assez considérable. Ces deux grands, privilèges ont fait penser à tort à quelques personnes qu’il était le journal officiel du gouvernement. Le gouvernement danois n’a point de journal officiel : il a pour se défendre contre les tentatives de l’opposition la censure et deux ou trois articles du Code pénal, qui, comme nous l’avons vu, ne plaisante guère avec les écrivains. Puis il est juste de reconnaître que, s’il n’aime pas à être attaqué, il ne paraît pas très désireux non plus de se voir louer. De temps en temps un des employés du ministère lui fait bien la galanterie d’une petite dissertation apologétique dans la Gazette d’Augsbourg ; mais, à vrai dire, je crois qu’il aimerait encore mieux qu’on ne parlât pas de lui et qu’on le laissât parfaitement tranquille.

Le Dagen paraît, comme le Berlingshe Tidende, tous les jours, et publie les nouvelles politiques. Son numéro du dimanche est consacré à la littérature, c’est-à-dire à des traductions en prose ou en vers, à des notices sur les écrivains étrangers. C’est là qu’un beau jour un jeune poète de Copenhague, qui venait de faire un voyage en Allemagne et en France, apprit au public danois que George Sand n’était qu’un pseudonyme, et révéla le véritable nom