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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/307

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le bien-être de ses sujets ; mais il monta sur le trône à une époque où il n’était pas permis aux rois de gouverner pacifiquement leur royaume. Il fut, comme tous les souverains de l’Europe, entraîné dans le tourbillon qui agita le monde pendant vingt ans. Jeune, il était devenu l’allié de Napoléon ; il lui resta fidèle, et paya cher cette fidélité. Deux fois il vit sa flotte ravagée et enlevée par les Anglais, et, en 1814, il perdit cet antique sœur du Danemark. Ces malheurs ne purent altérer la sérénité de son caractère ; il est mort vénéré et chéri. En 1834, il abdiqua lui-même une partie de ses prérogatives de roi absolu, et, sans attendre que ses sujets lui demandassent par la voix de l’émeute une constitution, il établit une sorte de représentation nationale sur le modèle des états provinciaux de la Prusse. Cet acte de libéralisme n’a été qu’un palliatif à des souffrances invétérées, un indice d’amélioration dans un ordre de choses qui a besoin de grandes réformes. Ce que les hommes de l’opposition demandent, c’est la publicité du budget, une plus grande extension dans le système de représentation nationale, des économies nombreuses dans les diverses branches de l’administration, et surtout la liberté de la presse. Ce dernier point est celui qui paraît le plus difficile à conquérir. Les rois de Danemark n’ont cependant pas été aveuglés par le prestige de l’absolutisme : en lisant leur histoire, on voit qu’ils ont usé assez débonnairement du pouvoir sans bornes dout ils étaient investis, qu’ils auraient pu faire beaucoup de mal, et qu’ils ont eu presque constamment le désir de faire le bien ; néanmoins la presse, et la presse même la moins agressive, leur causa toujours une sorte d’effroi qu’ils ne surent ni maîtriser, ni même dissimuler aux yeux de leurs sujets. En 1770, les journaux, les brochures, les écrits périodiques étaient soumis à une censure sévère. Quelque temps après, la censure fut abolie ; mais cet éclair de liberté passa rapidement : la presse, affranchie pendant environ deux années de ses rigoureuses entraves, retomba sous le joug du chef de la police, qui pouvait à son gré, sans discussion et sans procès, saisir un journal et le condamner à l’amende. En 1779, l’ordonnance qui attribuait tant de pouvoir à la police fut remplacée par la loi qui régit encore aujourd’hui la presse en Danemark. Quelques articles de cette loi sont d’une effrayante sévérité. Il y a peine de mort pour quiconque publie un écrit tendant à provoquer un changement dans la forme du gouverner ou à exciter une rébellion contre les ordres du roi, bannissement à perpétuité pour quiconque essaie de tourner en dérision une mesure prise par le roi, bannissement de trois à dix ans pour l’auteur d’un écrit inconvenant contre le roi, la reine ou les princes. Tout ouvrage publié par un Danois dans un pays étranger et toute traduction sont passibles des mêmes peines. Si un écrivain a été ou puni, ou seulement admonesté par le tribunal, son jugement est publié à ses frais dans tous les journaux du royaume, et défense est faite aux imprimeurs de mettre sous presse un nouvel ouvrage de lui, si cet ouvrage n’est revêtu du visa de la police. Si quelqu’un a chez lui des exemplaires d’un écrit incriminé, il doit immédiatement les livrer à la police, sous peine d’une amende de 1,500 francs.

En 1810 parut une autre ordonnance qui défendait de publier dans un