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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/301

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mais ce qu’on petit espérer, ce à quoi on doit travailler, c’est qu’il n’y ait cependant que deux armées, les amis et les adversaires du pouvoir, ceux qui, sans repousser des progrès sages et mesurés, veulent cependant avant tout affermir et maintenir ce qui est, et ceux dont la pensée dominante est l’innovation, dont le premier désir est de toujours marcher en avant, ceux pour qui la société ne devrait jamais connaître ni halte ni repos.

Dans ces deux armées, il pourra sans doute y avoir des nuances, comme il y a des armes et des bannières diverses dans nos camps militaires. Tout le monde cependant suit le même drapeau, et au jour de la bataille tout le monde combat pour la même cause. La variété dans l’unité, ce beau et brillant caractère du génie européen, doit se retrouver même dans nos assemblées politiques.

Le troisième fait mis en évidence par la discussion de l’adresse dans les deux chambres, est celui que nous avions si souvent et si vivement annoncé. C’est que, si nous avons quelques ministres, nous n’avons pas de ministère. Plus les ministres qui n’occupent pas les sommités politiques du cabinet, celles où se traitent nécessairement les grandes affaires du pays, les affaires étrangères et la guerre, montrent d’habileté et de talent parlementaire, plus il est évident pour tous que les intérêts du pays ne peuvent être confiés à des hommes qui ont besoin à chaque instant de trouver parmi leurs collègues un suppléant dévoué. Si nous sommes condamnés à vivre avec le 12 mai tel qu’il est, qu’on mette du moins les hommes qui le composent là où ils peuvent être le plus utiles ; qu’on fasse au moins des échanges, qu’on donne à M. Villemain les affaires étrangères, et la guerre à M. Dufaure.

Au surplus, la majorité une fois reconstruite d’elle-même par la force des choses, elle ne se résignera point à ne pas avoir à sa tête les hommes d’état dont elle doit regretter l’absence et l’inaction.

Le cabinet du 12 mai, produit de la nécessité du moment, de circonstances fugitives, n’a pu être qu’une transition. Il a donné l’occasion à quelques hommes de développer leur habileté politique, leur talent de tribune. M. Villemain, en particulier, a pris rang parmi les hommes politiques et a été franchement accepté par la chambre. Mais encore une fois le cabinet est par trop incomplet ; l’agencement des hommes est mauvais ; il met en évidence les plus faibles, et en forçant les autres à sortir du rôle que leur assignent leurs fonctions, il les place tous dans une situation peu digne de la France et d’eux-mêmes.

La discussion des paragraphes de l’adresse a amené à la tribune M. Thiers, Sa parole a été ce qu’elle est toujours, brillante, vive, lucide, transparente. Son discours n’a pu laisser dans les esprits aucune obscurité, pas le moindre nuage. M. Thiers n’a point fait un discours d’opposition : adoptant sans réserve le système, il a seulement présenté quelques observations sur la conduite du gouvernement. Les armes du combat, si combat il y a eu, ont été si