Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/299

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Il n’est pas d’observateur impartial qui, assistant à cette lutte, n’ait dû s’avouer, à lui-même trois résultats importans, décisifs.

Le premier, c’est que, pour tout homme sérieux, ministre ou non, il est évident qu’il n’y a dans la chambre de majorité possible que celle qui aura pour noyau l’ancienne majorité, les 221. Hors de là, il n’y a que poussière et impossibilité de gouverner. Aussi c’est à elle que s’adressent toutes les coquetteries de la politique, toutes les séductions du talent. Les ministres ne sont pas les seuls qui la caressent et la flattent. L’ancienne majorité représente assez bien, pendant ces débats, un personnage grave, puissant, et par trop silencieux, qui reçoit sans dédain, sans colère, mais non sans froideur, les soins empressés des hommes qui espèrent capter sa faveur.

Le second fait, non moins grave, et qui, par ses résultats, corrobore et accroît l’importance du premier, c’est la gauche arborant de nouveau sa vieille bannière, et annonçant au pouvoir une hostilité plus dédaigneuse que violente, il est vrai, mais une hostilité qui n’admet pas de trêve et moins encore une transaction. M. Odilon Barrot a lancé contre les centres le manifeste de son parti. La révocation des lois de septembre, le jugement de tous les attentats renvoyé au jury, la réforme électorale admise du moins en principe, tels sont pour le moment les dogmes du catéchisme de la gauche ; M. Barrot en a fait l’exposé avec un talent, une éloquence qu’il serait injuste de méconnaître. En reprochant au cabinet, à plusieurs de ses membres du moins, de s’être détachés du centre gauche, d’avoir abandonné leur drapeau, de se laisser entraîner fatalement vers la droite, M. Barrot a voulu à la fois se replacer fortement à la tête de l’opposition, ressaisir les rênes de son gouvernement, et mettre le marché à la main à tous ceux qui, dans les crises de 1839, ont pu avoir avec la gauche des accointances plus ou moins intimes. Qui n’est pas avec nous est contre nous, qui n’est pas avec nous aujourd’hui sera contre nous demain ; nous ne voulons plus de mélanges temporaires, de confusion, et par là même d’affaiblissement dans nos rangs. Les situations dans le parlement doivent être désormais nettes et tranchées pour tout le monde. Tels étaient le sens, la pensée dominante de la chaleureuse improvisation de M. Barrot. Ceux qui auraient pu se flatter de le voir peu à peu s’écarter des bancs de la gauche, et marcher lentement vers le pouvoir, au lieu d’attendre fièrement et fort inutilement, selon nous, que le pouvoir vienne à lui ; ceux-là, s’il en est, n’ont qu’à faire amende honorable envers eux-mêmes ; ils s’étaient trompés.

Peu importe qu’à la fin de son discours et par une transition qui, aux yeux d’un sévère logicien, pourrait peut-être mériter un autre nom, M. Odilon Barrot, après avoir tonné contre la confusion des partis et le pêle-mêle des opinions, ait appelé de tous ses vœux la formation et l’entrée au pouvoir d’un parti qu’il a appelé intermédiaire, intermédiaire entre la gauche et l’ancienne majorité. Quoi qu’il en soit de sa rigueur logique, cette conclusion a dû être avouée, louée même comme habile par les amis politiques de M. Barrot. Ce