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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/294

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Tu cours à ta perte certaine,
A l’infamie, au déshonneur ;
Et puisque tout l’enfer est au fond de ton cœur,
Voilà de ton ame hautaine
Le reflet rouge et plein d’horreur
Que le temps roulera dans son onde lointaine.
Au bruit sauvage de ton nom,
Les peuples éperdus se voileront la tête,
Comme au sinistre aspect d’une ardente comète,
Au retentissement d’un désastre profond ;
Ton nom sera hurlé sur toutes les ruines ;
Ton nom sera l’écho des pestes, des famines ;
L’épouvante du genre humain ;
Et les cris à la bouche et le fouet à la main,
Les malédictions et leur frère l’outrage,
De peuple en peuple et d’âge en âge,
Te poursuivront sans relâche et sans fin.

EROSTRATE


Eh bien ! soit, ô déesse ! aux noms des grands coupables
Que mon nom soit lié par des chaînes durables !
Que je sois relégué dans le troupeau honteux
Des destructeurs d’empire et des brigands fameux !
Je vivrai, c’est assez ! La mort, la mort avare
Ne me plongera pas en entier au Tartare
Quelque chose de moi, redoutable et certain,
Restera pour toujours dans l’habitacle humain ;
Tu l’as dit, ô Mémoire ! Allons, légères ombres,
Ainsi que les vapeurs et les nuages sombres
Qui se fondent aux feux de l’astre oriental,
Disparaissez devant ce rameau triomphal !
Et toi, Mort dévorante et toujours affamée,