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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/275

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l’indépendance communale. Dans les provinces même, quoique la formule constitutive fût censée abolir toute législation locale préexistante, et commencer une ère d’organisation complètement nouvelle, il arriva la plupart du temps que les institutions antérieures à la conquête furent conservées en partie par l’impossibilité ou l’inutilité de tout changer brusquement [1]. D’ailleurs les concessions de liberté et d’immunité faites à des villes et à de grandes fractions de province étaient nombreuses, et préparaient un adoucissement graduel pour les populations assujetties. Mais tout ce qu’il y avait de bon dans ce régime manquait de solidité ; la loi était sans vigueur ; l’arbitraire exercé par les gouverneurs s’étendait à tout ; rien n’était respecté ; et durant le dernier siècle de la république, au milieu des troubles qui la déchiraient, on vit la faiblesse ou la complicité des tribunaux absoudre les plus grands crimes, des crimes qu’on serait tenté de révoquer en doute, si l’histoire n’avait confirmé, par des arrêts irrévocables, l’infamie des Pison, des Gabinius et des Verrès.

Il serait injuste, sans doute, de faire peser sur les hommes du parti patricien tout l’odieux de ces abominables excès : le parti populaire ne possédait assurément ni tant de désintéressement ni tant de vertu. Mais comme les accusations contre les vols publics et les réclamations en faveur des provinciaux sortirent presque toujours de ses rangs ; comme il promettait beaucoup de réformes, et que l’appui qu’il avait prêté aux Italiens avant et depuis la guerre sociale, inspirait confiance en sa parole, les provinces s’attachèrent à lui. Elles lui rendirent promesses pour promesses, espérance pour espérance. Il se forma, entre elles et les agitateurs des derniers temps de la république, des liens analogues à ceux qui avaient, un siècle auparavant, compromis les alliés latins dans les entreprises des Gracques. On peut se rappeler avec quel héroïsme l’Espagne adopta et défendit de son sang les derniers chefs du parti de Marins [2]. Catilina lui-même parvint à enrôler sous son drapeau la province gauloise cisalpine, et déjà il entraînait quelques parties de la transalpine, réduites aussi en province. L’incident des ambassadeurs allobroges fait voir de quelle façon se tramaient ces périlleux accommodemens, et comment des peuples entiers, dans l’attente d’une révolution que tout leur montrait inévitable et imminente, se livraient au premier conspirateur

  1. Savigny, Geschichte des roem. Rechts, 1. b., 2. k.
  2. Guerre de Sertorius de 677 à 682.