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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/246

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ermite. Mais peut-être Mas Agnello méditait-il sur son rocher l’affranchissement de son pays.

Atrani n’est rien autre chose qu’un morceau d’Amalfi, détaché du reste de la ville par un petit cap, sur l’extrémité duquel s’élève une tour en ruines. La belle route d’Amalfi à Majori traverse Atrani sur de hautes et solides voûtes, construites en avant du quartier de la ville bâti sur la plage. Ces voûtes s’élèvent à la hauteur du toit des maisons de ce quartier, et ont la solidité d’un ouvrage romain. La place publique d’Atrani, qui s’étend sur un petit espace laissé vide derrière ces belles arcades, sert de refuge aux barques quand le sirocco souffle et que la mer est menaçante. A l’aide de câbles et de cabestans, les barques, et même les petits navires, sont traînés sous les voûtes qui portent la route, et de là amarrés sur cette place, qui, en quelques heures, se trouve transformée en port. Ce port paraît bien misérable, surtout si l’on vient à penser qu’autrefois Atrani était l’un des principaux bassins d’Amalfi, que là mouillaient de nombreuses galères, et que la mer à une grande distance était couverte de jetées et d’ouvrages qui joignaient les deux ports.

Ces immenses constructions n’ont pas même laissé de ruines. Minée par la mer, la roche à laquelle elles étaient sans doute appuyées est vive, pleine de cavités formées par le flot qui la corrode, et ne laisse apercevoir aucune trace d’un travail humain. On m’a assuré cependant qu’à la hauteur de la tour ruinée qui s’élève sur la pointe du petit cap situé entre Amalfi et Atrani, on découvrait, quand la mer était parfaitement calme, et à la suite de tempêtes qui en avaient profondément remué le fond, de gros blocs de pierres taillés par la main de l’homme, et comme les restes d’un môle. Pour moi, quelque temps qu’il fit, je n’ai rien pu découvrir de semblable. Amalfi n’ayant jamais eu de port naturel, ces constructions devaient être fort considérables, puisque plus de deux cents galères vinrent quelquefois s’abriter derrière ces jetées, sans compter de nombreuses flottes marchandes. La ville elle-même, avec sa population, qui était encore de cinquante mille ames au commencement du XIVe siècle, c’est-à-dire au temps de sa décadence, couvrait sans doute de grands terrains, envahis aujourd’hui par la mer. Ce qui reste maintenant d’Amalfi ne doit pas valoir un sixième de l’ancienne ville, puisque sa population ne dépasse pas cinq mille habitans. Il est vrai qu’au temps de sa prospérité, tout le pays d’Amalfi, du cap de Minerve au port de Cetara, comptait près de cinq cent mille habitans, et qu’aujourd’hui il en renferme à peine trente-deux mille.

Ce n’est que par-delà le petit cap d’Amalfi que cette ville apparaît tout entière, mais comme un spectre de ville. Ses maisons, dont un grand nombre ressemblent plutôt à des ruines qu’à des habitations, s’étendent en demi-cercle de la pointe du cap à mi-côte des hauts rochers qui de l’autre côté du Cannetto dominent la ville. La haute tour d’une église, surmontée d’un dôme, se montre au-dessus de ces maisons, en avant desquelles s’étendent un bout de quai désert et une petite plage où quelques barques sont échouées. Voilà donc